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Reconnaître la surdouance en classe : les enseignants identifient-ils vraiment les élèves doués, surtout les filles ?

Les enseignants sont-ils capables de repérer les élèves surdoués ? Des recherches révèlent des résultats surprenants.

Cette semaine, du 7 au 13 mars, se tient la Semaine des surdoués en Flandre et aux Pays-Bas, avec de nombreuses activités pour les enfants doués, leurs parents et enseignants. Comme tous les élèves, les surdoués cognitifs – ceux qui pensent vite et abstraitement, avec une excellente mémoire et une résolution créative des problèmes – ont besoin d'une éducation adaptée à leurs besoins d'apprentissage et de développement. Mais comment un enseignant repère-t-il un élève doué ?

Parfois, les signes sont évidents : les élèves obtenant constamment d'excellentes notes. Pourtant, une haute intelligence ne rime pas toujours avec performances scolaires exceptionnelles, car l'engagement, l'intérêt ou les méthodes d'étude jouent un rôle clé. Pour évaluer le potentiel cognitif d'un élève, l'enseignant doit s'appuyer sur des indices indirects : questions profondes, idées ingénieuses ou apprentissage rapide d'une nouvelle matière. Des études internationales montrent cependant que cette tâche est ardue : les jugements des enseignants sur l'intelligence des élèves dépendent davantage des notes que des scores de QI (Machts, 2016).

Et en Flandre ? Nous et l'équipe du projet TALENT avons interrogé les titulaires de 115 classes de 1re secondaire flamande pour qu'ils nomment les élèves à fort potentiel, même sans notes élevées. Nous avons comparé ces nominations aux scores de QI (via CoVaT-CHC) et aux bulletins.

Résultats : les enseignants se fient principalement aux performances scolaires, plus visibles que l'intelligence. Ainsi, les élèves doués sous-performants risquent d'échapper à la détection. Cela touche particulièrement les jeunes dont les parents sont peu diplômés, qui réussissent moins bien en moyenne et sont donc moins reconnus, malgré un QI équivalent.

Autre découverte marquante : à QI et notes égaux, les filles sont moins souvent sélectionnées que les garçons. La littérature explique cela par des stéréotypes : les succès des garçons sont attribués à leur intelligence innée, tandis que ceux des filles relèvent du travail acharné. Les garçons se montrent aussi plus assertifs et compétitifs en classe.

Reconnaître la surdouance en classe : les enseignants identifient-ils vraiment les élèves doués, surtout les filles ?

Enfin, les enseignants surestiment la douance des élèves très engagés (effet de halo). Même l'ennui visible est perçu comme signe de potentiel inexploité, bien que l'ennui ait de multiples causes.

Ces défis soulignent la nécessité de former davantage les enseignants à la surdouance et d'intégrer cette expertise dans les cursus. Des outils de signalement existent déjà, discutés sur la plateforme TALENT.

En savoir plus ? Lavrijsen, J., & Verschueren, K. (2020). Caractéristiques des élèves affectant la reconnaissance des capacités cognitives élevées par les enseignants et les pairs. Learning and Individual Differences, 78, 101820. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1041608019301566

Jeroen Lavrijsen est coordinateur de recherche du projet TALENT. Ce blog est aussi publié sur https://opgroeienblog.wordpress.com/.

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