Les médicaments capables de franchir la barrière hémato-encéphalique (BHE) offrent un espoir pour traiter des maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson.
Une équipe japonaise a développé un peptide cyclique – une chaîne d'acides aminés en boucle – qui facilite la traversée de la BHE. Cette barrière protectrice empêche les substances nocives d'atteindre le cerveau, mais bloque souvent les traitements nécessaires. En liant ce peptide à des nanoparticules, les chercheurs rendent possible une délivrance ciblée de médicaments dans le cerveau.
Publié dans le Journal of Controlled Release en 2020, leur travail visait une technologie universelle pour divers médicaments. Pour identifier le peptide idéal, ils ont utilisé une bibliothèque de phages viraux exprimant de nombreux peptides cycliques, sélectionnant celui capable de traverser la BHE.
Les résultats sont prometteurs : le peptide a favorisé la pénétration de phages dans des cellules humaines, de singes et de rats. Dans des tests supplémentaires, il a été couplé à un liposome – une nanoparticule artificielle transportant des médicaments. Injecté chez la souris, ce liposome modifié a été détecté dans le cerveau après seulement 60 minutes, confirmant son efficacité pour franchir la BHE.
La professeure Elga de Vries, neuro-immunologiste à l'Amsterdam UMC, explique : « La BHE agit comme les digues du cerveau, protégeant contre les envahisseurs indésirables. Mais elle entrave aussi les traitements contre les tumeurs cérébrales, Alzheimer ou l'épilepsie. De nombreuses recherches ont tenté de la franchir, avec des succès variables. »
Elle ajoute : « L'approche d'Ohtsuki et al. utilise des peptides cycliques pour transporter des substances à travers une BHE intacte, sans altérer son rôle protecteur. Bien que des tests supplémentaires soient nécessaires (notamment en conditions pathologiques), c'est un pas décisif. »
Le professeur Ulrich Eisel, neurobiologiste moléculaire à l'Université de Groningue, souligne : « Les peptides, ultra-petits, s'attachent facilement à des anticorps ou nanoparticules. Leur efficacité et rapidité sont impressionnantes. Face au vieillissement de la population et aux besoins en traitements pour Alzheimer ou Parkinson, cette voie de recherche gagnera en importance. »
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