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Binge drinking : un cocktail toxique pour le cerveau des adolescents

La consommation excessive d'alcool, ou binge drinking, endommage gravement le cerveau des adolescents, encore en pleine maturation. Elle altère durablement les capacités d'apprentissage, de mémoire et de réflexion.

Vendredi soir, un étudiant est décédé après être tombé d'un pont à Louvain-la-Neuve, ivre. Le binge drinking – ingestion massive d'alcool en peu de temps – se répand chez les jeunes.

En Belgique, 35 % des 17-18 ans pratiquent le binge drinking. Aux Pays-Bas, 41 % des 15-16 ans l'ont fait au moins une fois le mois précédent. En 2012, 706 jeunes Néerlandais de moins de 18 ans ont été hospitalisés en urgence pour alcoolisme, avec un âge moyen de 15 ans pour les "comas éthyliques".

Des études récentes montrent que ce type de consommation affecte les zones en développement du cerveau, causant des dommages permanents à l'apprentissage et à la mémoire. Une forte alcoolémie est toxique pour les organes, perturbe les fonctions sensorielles et cognitives, et favorise la dépendance.

Cerveau impulsif

Le cerveau adolescent mûrit progressivement. Le cortex préfrontal, responsable du contrôle des impulsions et de la mémoire de travail, se développe tardivement, après les zones émotionnelles et de récompense. Cela rend les ados vulnérables aux comportements à risque, explique la psychiatre Susan F. Tapert (Université de Californie).

Une étude de 2011 menée par Tapert et Andria Norman sur 38 jeunes de 12-14 ans, via IRM, a révélé que les 21 qui ont commencé à boire excessivement montraient une moindre activité dans 12 régions cérébrales, dont le cortex préfrontal et pariétal. Chez les binge drinkers, "le réseau de contrôle des impulsions ne fonctionne pas bien", note Tapert.

Penser trop fort

Les ados sont plus sensibles à l'alcool, qui endommage leur cerveau. Chez les rats modélisant le binge drinking, des taux élevés d'alcool provoquent la mort de cellules dans les lobes frontaux et l'hippocampe (centre de la mémoire), selon le pharmacologue Fulton Crews (Université de Caroline du Nord). L'alcool inhibe aussi la neurogenèse, avec une vulnérabilité accrue chez les jeunes.

Les blackouts et amnésies post-binge (chez 50 % des étudiants) pourraient résulter d'un hippocampe lésé, estime Aaron White (Institut national sur l'abus d'alcool et l'alcoolisme).

Immunisé contre l'alcool ?

Des programmes comme ceux de Wetherill renforcent le contrôle des impulsions via jeux et exercices. Lancer tôt la prévention est crucial : un début à 14 ans multiplie par 4 le risque de dépendance (White). Les dommages cérébraux persistent parfois dix ans après, chez certains sujets de Tapert.

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