Une baisse de revenus peut déclencher des troubles mentaux, tandis que des problèmes psychologiques favorisent souvent la précarité financière. Cette interaction crée une spirale négative où soucis financiers et maux psychiques s'alimentent mutuellement.
Les troubles de santé mentale, comme l'anxiété et la dépression, touchent davantage les personnes en situation de pauvreté ou aux prises avec des difficultés financières. Inversement, celles souffrant de problèmes psychologiques font face à des défis économiques accrus, par exemple un chômage prolongé. Bien que ce lien soit établi depuis longtemps, les mécanismes précis restaient à clarifier. Des chercheurs américains ont publié une synthèse critique dans la revue Science, recensant les études mondiales sur cette corrélation.
Les chercheurs concluent que la pauvreté accroît la vulnérabilité aux troubles mentaux via plusieurs voies. Elle engendre soucis et incertitudes constants, une santé physique dégradée, une exposition accrue à la violence, à la criminalité ou à des traumatismes, ainsi que la honte, un faible statut social et l'isolement. Les personnes pauvres subissent souvent pollution, températures extrêmes et manque d'espaces de repos adéquats, tous facteurs liés à des plaintes psychologiques. Grandir dans la pauvreté élève aussi le risque de troubles mentaux à l'âge adulte.
« La pauvreté ne rend pas seulement vulnérables aux problèmes psychologiques, mais aussi au stress financier », explique Wilco van Dijk, professeur à l'Université de Leiden spécialisé dans les déterminants psychologiques des choix économiques. Ses études sur des Néerlandais confirment que le stress financier multiplie anxiété et dépression.
Les troubles mentaux haussent le risque de pauvreté, directement (perte d'emploi) ou indirectement. Les déprimés peinent à décider ou agir, rongés par des pensées négatives, une motivation en berne, de la fatigue et une concentration altérée. Cela réduit productivité et employabilité, amplifié par la stigmatisation. « Aux Pays-Bas et en Belgique, les problèmes psychologiques provoquent vite des dettes insurmontables, surtout si les aides sociales ne couvrent pas loyer ou hypothèque », note Van Dijk.
Van Dijk et les auteurs préconisent un soutien financier pour soulager les troubles mentaux, et des thérapies pour atténuer les difficultés économiques. « Cette recherche révèle un cercle vicieux, mais aussi deux leviers d'action : santé mentale et sécurité financière », souligne Van Dijk. Parmi les solutions : aide à la gestion des dettes, communication claire des créanciers, détection précoce par les employeurs (saisies sur salaire, avances fréquentes), constitution d'une réserve via l'outil NIBUD, et programmes de réintégration anti-stigmatisation.
La pandémie exacerbe ce lien via stress financier et psychologique. « Une situation toxique », alerte Van Dijk, appelant les gouvernements à évaluer aussi les dommages mentaux des mesures sanitaires.
Les auteurs espèrent que ces insights guideront les décideurs pour combattre pauvreté et troubles mentaux.
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