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Premiers secours en santé mentale : une formation essentielle et urgente

Nous savons tous pratiquer les compressions thoraciques au rythme de "Stayin' Alive", mais que faire face à un collègue en burn-out ou un ami en dépression ?

Face à ce sentiment d'impuissance, Groen et Zorgnet-Icuro, la fédération flamande des hôpitaux et soins, ont plaidé le mois dernier pour un financement gouvernemental de formations aux premiers secours psychologiques. N-VA, CD&V et Open VLD soutiennent désormais cette initiative.

Les premiers secours en santé mentale devraient devenir aussi évidents qu'un cours de premiers secours.

Ces formations s'adressent à un public diversifié : écoles, entreprises, associations de jeunesse. « Le gouvernement doit organiser ces cours partout et allouer les ressources nécessaires. Cela doit devenir aussi évident qu'un cours de secourisme », déclare le député flamand Björn Anseeuw (N-VA) dans De Standaard.

Une demi-journée ne suffit pas

« L'idée est bonne, mais elle doit être bien exécutée », estime Tine Daeseleire, psychologue clinicienne et fondatrice de The Human Link. Son entreprise propose des formations préventives sur le bien-être psychologique (gestion du stress), les premiers secours mentaux et le suivi. Adaptées aux organisations, entreprises ou particuliers, elles incluent actuellement une série pour les Anversois.

« Le cours doit être adapté au groupe cible et à son contexte pour éviter le désintérêt. Les étudiants gèrent plus le stress des examens que le burn-out. De plus, les contenus doivent être approfondis : une demi-journée est insuffisante. »

Il est plus utile d'enseigner des compétences générales pour une bonne santé mentale : l'hygiène mentale.

« Ne ciblez pas d'emblée troubles anxieux ou dépressions cliniques auprès d'un public sain, qui n'en a pas besoin. Apprenez plutôt l'hygiène mentale : reconnaître les signaux chez soi et autrui, et agir. Cela prévient l'évolution du stress vers dépression ou burn-out. Un cours sur inquiétude, sommeil, peur de l'échec et stress convient à tous, y compris les jeunes », explique Daeseleire.

En Belgique, demander une aide psychologique reste un tabou, alors qu'un Belge sur quatre est touché tôt ou tard. « L'aide arrive souvent trop tard, après des symptômes graves. »

Premiers secours en santé mentale : une formation essentielle et urgente

Une bonne idée exige une mise en œuvre réfléchie. Daeseleire cite les coachs burn-out post-accord d'été : « Il y a une prolifération de coachings inadaptés. La prise en charge relève du psychologue clinicien, mais la prévention incombe à l'entreprise et au salarié. Intégrez-la au quotidien. Le gouvernement doit financer formations préventives et remboursements, non des réorientations professionnelles. »

Le suivi est crucial

Daeseleire insiste sur le suivi des participants : « Questionnaire au début, à la fin et après trois mois. Le plan gouvernemental permettrait d'évaluer l'impact à grande échelle, comme sur les élèves du secondaire : meilleure protection et recours plus rapide à l'aide. »

Rechercher une aide psychologique reste un tabou en Belgique, alors qu'un Belge sur quatre est touché tôt ou tard.
Parler de maladie mentale doit être aussi normal qu'un orteil cassé ou la grippe.

« Les recherches montrent que les effets psycho-éducatifs s'amplifient après 3-6 mois, par pratique des méthodes. Les participants gagnent en outils personnels, réduisant plaintes, améliorant qualité de vie et résilience », ajoute Daeseleire.

Moins de préjugés

Le programme Mental Health First Aid (MHFA), lancé en Australie en 2000 et adopté dans 23 pays dont les Pays-Bas, compte 12 leçons sur santé mentale, dépression, anxiété, addictions, traitements et soutien.

Une méta-analyse de 2014 de l'Institut Karolinska (Stockholm) confirme : plus de connaissances, moins de stigmatisation, plus de soutien.

Cette attitude positive favorise la discussion. Filip Raes, psychologue clinicien et thérapeute (KU Leuven) : « Parler santé mentale doit être banal comme la grippe. Le tabou naît de l'ignorance. Ces cours sont précieux en éducation et prévention, même sans résoudre les cas graves. »


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