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Avortement médicamenteux par correspondance : accès accru aux soins sans hausse des risques

Cet article a été initialement publié sur La Conversation.

Pour de nombreuses personnes, accéder à un avortement représente un défi majeur. Les services spécialisés sont souvent limités à des cliniques équipées, comme pour les échographies, nécessitant de longs déplacements. L’introduction de l’avortement médicamenteux aux États-Unis en 2000 a offert une alternative plus accessible.

Initialement, ce procédé était strictement réglementé : consultation en personne obligatoire, avec échographie pour confirmer une grossesse intra-utérine de moins de 11 semaines et exclure une grossesse extra-utérine, potentiellement mortelle.

La pandémie de COVID-19 a favorisé un nouveau modèle basé sur les antécédents médicaux du patient, sans examen physique ni échographie. Les médicaments peuvent être envoyés par la poste après une téléconsultation. La FDA a autorisé de façon permanente les pharmacies par correspondance à expédier ces traitements.

En tant que spécialiste des sciences sociales en santé publique, ayant étudié la sécurité et l’accès à l’avortement pendant plus d’une décennie, j’ai comparé ce modèle aux pratiques traditionnelles. Notre nouvelle étude montre que le dépistage par antécédents médicaux est aussi sûr et efficace que les examens en personne.

Les données sur les consultations de télésanté à distance

Nous avons analysé les dossiers de près de 3 800 patientes issues de 14 cliniques américaines. 66 % ont consulté en personne et récupéré leurs médicaments sur place ; 34 % ont bénéficié d’une téléconsultation avec envoi postal. Aucun groupe n’a subi d’examen physique ou d’échographie.

95 % des avortements ont été complets sans intervention supplémentaire, taux comparable aux études antérieures avec examens physiques. Seulement 0,5 % ont connu un événement grave, similaire aux données classiques.

Aucune différence significative n’a été observée entre récupération en clinique et envoi postal.

En résumé, l’avortement médicamenteux basé sur les antécédents est aussi sûr et efficace que les protocoles traditionnels.

Élargir l’accès à des soins équitables

Avec peu de cliniques, restrictions assurantielles et lois étatiques, l’accès reste inégal, touchant disproportionnellement les minorités, les bas revenus et populations marginalisées.

Si Roe v. Wade est renversé, près de la moitié des États verraient leurs barrières s’accentuer.

Le dépistage à distance réduit ces obstacles : pas d’équipement coûteux, plus de cliniciens impliqués, y compris en zones rurales ou défavorisées, favorisant l’équité.

Le Collège américain des obstétriciens-gynécologues et la Fédération nationale de l’avortement ont actualisé leurs guidelines pour valider ce modèle sans examens physiques.

Cependant, certaines lois étatiques imposent échographies ou consultations en personne, contredisant les preuves scientifiques de notre étude et d’autres recherches.

Initialement pandémique, ce modèle pourrait démocratiser l’accès à des soins d’avortement sûrs et équitables.

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