Un minuscule singe à longue queue représente le plus ancien fossile de primate découvert à ce jour.

Archicebus achilles, le plus ancien fossile de primate connu.
Dans une formation géologique de la province chinoise du Hubei, un spécimen baptisé Archicebus achilles par les scientifiques gît depuis 55 millions d'années. Ce nom, librement traduit, signifie « singe ancien à longue queue ». Exhumé il y a dix ans, ce fossile fait l'objet d'une analyse par des chercheurs chinois publiée dans Nature cette semaine, confirmant qu'il s'agit du plus ancien squelette de primate intact retrouvé.

Reconstruction du fossile par microtomographie. (Photo : P. Tafforeau / Xijun Ni)
Plus de la moitié du squelette est intacte, une rareté pour un fossile si ancien. Immédiatement frappant : ce primate mesurait environ 7 centimètres de long – à peine plus grand qu'une souris pygmée actuelle, l'un des plus petits rongeurs du monde – et pesait autour de 25 grammes. Sa très longue queue relative à son corps, ses dents acérées indiquent un régime insectivore. Les grandes orbites suggèrent une excellente vision diurne, tandis que la structure de la queue et des pattes postérieures trahit un mode de vie arboricole avec des sauts de branche en branche.
Une combinaison unique de caractéristiques
Le pied présente des traits des Anthropoidea, sous-groupe des primates incluant les singes du Vieux et du Nouveau Monde (et les humains). Cependant, la tête ronde et les dents rappellent les Tarsiiformes, une lignée moins prospère dont subsistent aujourd'hui quelques espèces sur les îles d'Asie du Sud-Est.
Cette découverte renforce l'hypothèse que les origines de l'évolution des primates, y compris des anthropoïdes, se situent en Asie plutôt qu'en Afrique. Les analyses génomiques confirment que les tupayas et lémuriens, proches parents vivants, sont originaires d'Asie. Bien que des restes africains datent aussi de 55 millions d'années, ils sont fragmentaires. Les descendants d'Archicebus auraient divergé en Asie en Tarsiiformes et Anthropoidea, ces derniers migrant vers l'Afrique – peut-être par voie maritime – vers la fin de l'Éocène, il y a environ 38 millions d'années. L'Afrique deviendrait alors le berceau de l'évolution des anthropoïdes et de l'humanité.
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