Quand l’humanité a-t-elle commencé à transformer radicalement la Terre ? Des chercheurs britanniques, publiés dans Nature, proposent deux dates précises : 1610 et 1964.

De l’Holocène à l’Anthropocène
De nombreux experts estiment que nous avons quitté l’Holocène pour entrer dans l’Anthropocène, une nouvelle ère géologique dominée par l’impact humain sur la planète. Le concept, proposé en 2000 par Paul Crutzen, lauréat néerlandais du prix Nobel de chimie, n’est pas encore officiellement reconnu. La question cruciale : quand cette transformation a-t-elle débuté ? Dans Nature, des scientifiques britanniques avancent 1610 et 1964 comme marqueurs globaux.
Pour officialiser un nouveau stratotype, des traces d’activité humaine doivent être détectables mondialement dans les roches, les carottes de glace ou les sédiments océaniques. Les propositions antérieures – extinction de la mégafaune il y a 50 000 à 10 000 ans ou débuts de l’agriculture – échouent, car elles ne sont ni synchrones ni ubiquitaires, comme en attestent les pollens fossiles localisés.
En 1610, une signature humaine globale apparaît : un pic bas de CO2 atmosphérique. Cela remonte à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492. Guerres, famines et maladies ont décimé les populations autochtones – de 54 à environ 6 millions d’habitants d’ici 1650. Résultat : une régénération forestière de 50 millions d’hectares a absorbé le CO2, trace visible dans les carottes de glace mondiales.
Retombées radioactives
Plus tôt cette année, des experts avaient suggéré 1950, époque d’explosion des activités humaines (énergie, eau, tourisme, papier). Mais les essais nucléaires, culminant fin 1950-début 1960, ont laissé des retombées radioactives globales. Le carbone-14, isotope radioactif, atteint son pic en 1964 dans glaces, sédiments et arbres, malgré les interdictions de 1963.
Simon Lewis (University College London), auteur principal, privilégie 1610 : « Les retombées nucléaires coïncident avec des changements, mais ne les causent pas. Le contact Ancien/Nouveau Monde initie un échange massif et irréversible de plantes et animaux. » Les pollens de maïs en Europe dès 1600 en témoignent. « L’annexion américaine a libéré l’Europe des contraintes écologiques via les importations agricoles, favorisant la révolution industrielle avec le charbon. Ce tournant marque l’Anthropocène. » (ddc)