L'exposition dédiée à Simon Stevin a ouvert ses portes aux Archives de la Ville de Bruges. Le mathématicien Dirk Huylebrouck exprime toutefois quelques réserves politiques à son sujet.
Du vendredi 28 août au dimanche 29 novembre, l'exposition « Simon Stevin van Brugghe, 1620 – 2020 – He Changed the World » est présentée aux Archives de la Ville de Bruges. Scientifiquement irréprochable, elle est commissariée par l'Em. Prof. Dr. dr. Guido Vanden Berghe de l'Université de Gand. Un aspect politique mérite cependant d'être souligné. La télévision régionale Focus-WTV en a parlé (voir l'émission du 26 août à partir de la 14e minute 30), où l'on entend le bourgmestre Dirk De fauw (CD&V) répéter les mots du site de l'exposition : « Simon Stevin fut l'un des scientifiques les plus importants et polyvalents des Pays-Bas. N'hésitez pas à le qualifier de Léonard de Vinci de nos régions. Natif de Bruges, qu'il n'oublia jamais, il signait ses ouvrages 'Stevin van Brugge, Bruggelinck'. Aujourd'hui, il rentre chez lui à Bruges avec cette exposition. »
C'est louable, mais cela inverse radicalement la position des catholiques de son parti en 1839. À l'époque, ils s'insurgèrent contre la commande par Bruges d'une statue en l'honneur de Stevin. Celle-ci devint l'enjeu d'un bras de fer entre catholiques et libéraux, Barthélemy Dumortier, député catholique, en tête. Stevin avait peut-être inventé la notation décimale, démontré à Galilée la chute simultanée de deux boules, conçu le char à voile, posé les bases de la théorie des fluides et bien d'autres avancées. Pour Dumortier, il restait un traître : ayant émigré de Flandre catholique vers les Pays-Bas protestants pour servir Maurice de Nassau, Stevin était un collaborateur et un apostat, un « hérétique ».
Dumortier avait raison sur un point : Stevin fortifia tant l'armée de Maurice que les Hollandais remportèrent la bataille de Nieuport en 1600. Pourtant, il le moqua comme un « savant médiocre ». Malgré l'opposition des catholiques, prédécesseurs du parti de De fauw, la statue fut érigée, en partie grâce au libéral Adolphe Quetelet (Gand, 1796 – Bruxelles, 1874), célèbre pour avoir fondé l'ULB et l'indice de masse corporelle. L'histoire est parfois révisée... et c'est tant mieux !
Pour clore sur une note positive, propre à cette belle commémoration, voici la fin de l'appel de Quetelet pour la statue de Stevin :
« Avant de monter, deux siècles après sa mort, sur le piédestal qui lui était destiné, le savant brugeois eut à affronter plus d'une opposition. N'a-t-il même pas été accusé d'avoir pris les armes contre son propre pays ? Et sur quelle base cette accusation était-elle fondée ? Je ne sais pas, et ceux qui ont porté ces accusations non plus, car la vie de Simon Stevin est entourée de mystère ; et bien que le savant ait occupé de hautes fonctions, nous ne le connaissons que par son travail, et par le peu de choses qu'il a racontées sur lui-même dans ses ouvrages. Mais le silence de l'histoire ne nous permet pas d'être deux fois injustes envers lui. »
Pratique : Les Archives de la Ville sont au Burg 11, ouvertes tous les jours de 9h30 à 17h. Plus d'infos sur le site web.
Crédit photo : Dimitris Kamaras
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