« Sciences », « Médecine », « gamma », « STEAM » : autant de termes délimitant les domaines scientifiques. Comment cartographier ce vaste terrain ? La philosophe des sciences Sylvia Wenmackers (KU Leuven) propose une approche et rêve d’un mot englobant science et art.
Bientôt, les universités rouvriront – corona volente – et les journaux analyseront les choix d’études. Chaque année, je suis frappée par l’usage journalistique du terme « directions scientifiques », limité aux sciences naturelles, ingénierie et médicales. Or, en néerlandais, « wetenschap » inclut aussi les sciences humaines. L’allemand et les langues germaniques partagent ce terme générique. Toutes les disciplines en noir sur la figure ci-dessous sont donc des sciences : quelle richesse !
Cette carte explore le paysage scientifique (merci à Bert Seghers pour l’ébauche initiale). Elle reste indicative : les découpages facultaires varient selon les universités, et les disciplines évoluent. La division nature/culture n’est pas absolue : les mathématiques modélisent des phénomènes sociaux, la géographie intègre culture et histoire, l’ingénierie et la médecine visent des applications humaines.
Notez la continuité entre haut et bas : la logique relie philosophie et sciences formelles.
La carte suit la classification néerlandaise : sciences humaines (alpha), sciences exactes (beta) et sciences sociales (gamma, parfois biomédicales à l’UGent). Aux États-Unis, STEM (Science, Technology, Engineering, Mathematics) fusionne sciences et ingénierie depuis 2001.
Les partisans de STEAM ajoutent le « A » pour Arts
En bas à droite, « kappa » désigne les arts. En anglais, « Faculty of Arts » évoque souvent la pratique artistique, mais il s’agit d’étudier les formes artistiques humaines, comme les sciences naturelles étudient les phénomènes naturels.
Une continuité existe entre sciences culturelles et arts : certaines traditions scientifiques produisent des textes littéraires. STEAM lie sciences exactes et arts (A pour Arts, non sciences de l’art). Bien que les sciences humaines enrichissent l’enseignement STEM, STEAM vise l’intégration directe des arts.
Le terrain est vaste et tout n’a pas encore été cartographié
Contrairement aux langues germaniques, l’anglais distingue sciences (hard sciences) et humanities. Historiquement, Hume nommait les sciences humaines « moral sciences ». En néerlandais, « science » s’emploie parfois étroitement, comme en anglais (faculté des sciences = naturelles).
Je plaide pour préserver le sens large de « science ». Mieux : rêvons d’un mot unifiant science et art. Sur cette carte, j’imagine émerveillement et perspicacité sur deux plateaux, reliés par ponts au-dessus de gouffres, impasses et étendues sauvages. Le paysage est immense, indompté et magnifique.