Les mathématiques souffrent d'une stigmatisation persistante. Incompréhensions, préjugés et peurs entourent cette discipline dès l'école primaire et secondaire. Le chercheur et auteur Giovanni Samaey appelle à une révolution pédagogique.
Interrogez n'importe qui dans la rue sur la matière scolaire qu'il détestait le plus : la réponse sera souvent « les mathématiques ». « Je n'ai jamais été doué pour ça » ou « je n'en ai plus eu besoin » sont des arguments récurrents pour fuir la discipline. De génération en génération, les maths sont décriées.
Les malentendus sur les mathématiques s'installent via l'éducation
Ce rejet naît dans le système éducatif, où tant de jeunes en Belgique et aux Pays-Bas ingurgitent la matière pendant douze ans, au moins trois heures par semaine, souvent à contrecœur. Il est temps de transformer cette expérience, non en réduisant les heures, mais en repensant l'approche pédagogique et en dissipant malentendus et craintes.
L'idée que les maths ne valent pas l'investissement est erronée. Elles régissent presque tous les aspects de notre vie quotidienne : dans chaque appareil numérique, dans les algorithmes d'optimisation des recherches internet, dans nos décisions pour minimiser les « coûts » lors des courses. Notre politique sociale, la mobilité, la transition énergétique reposent sur des calculs mathématiques.
Pour beaucoup, maths rime avec chiffres : prix, vitesses, classements. Mais les mathématiques vont bien au-delà de l'arithmétique. Elles mesurent, résolvent des problèmes et expriment des liens, comme entre durée d'un prêt, taux d'intérêt et mensualités, ou temps, distance et vitesse. Ces structures ordonnent la connaissance et s'appliquent dans de nombreux domaines.
En informatique, elles sous-tendent les jeux vidéo. En économie, la loi de l'offre et de la demande. En psychologie, l'analyse statistique. Même les sociologues modélisent l'évolution démographique via les maths, influencée par mariages ou migrations.
À l'école, cet impact reste souvent occulté. Les maths forment une structure cumulative : chaque notion est essentielle pour la suivante, sa pertinence apparaissant parfois des années plus tard. « Un jour, vous verrez l'utilité », dit-on, mais beaucoup décrocheront avant.
Les enseignants illustrent la pertinence avec des exemples concrets, valorisant les maths. Cela améliore l'image des mathématiciens et incite à une attitude positive. Pourtant, cela ne motive pas toujours à s'investir : « Bien pour les autres, pas pour moi ».
Le rôle clé des maths dans l'innovation technologique manque souvent dans l'éducation, les enseignants n'ayant pas toujours l'expérience. Des livres vulgarisant leur utilité, comme X-factor, aident (voir encadré « Vaccination mathématique »). L'intégration dans l'enseignement STEM est cruciale, en préservant l'abstraction propre aux maths.
Beaucoup croient les maths réservées à un talent rare, source de frustration scolaire. Larry Martinek, professeur à Los Angeles, dit : « Les enfants ne détestent pas les maths, mais la confusion, l'intimidation et l'embarras qu'elles provoquent. » Cela creuse l'écart entre mathématiciens et autres. La curiosité enfantine cède au conformisme.
Préjugés courants : les maths trient par intelligence, se mémorisent mécaniquement (tables, divisions longues), manquent de créativité, valorisent la vitesse, sont solitaires, punissent l'erreur. Un enseignement « recette » renforce cela : tests de rythme, listes répétitives lassent les forts et frustrent les faibles.
Depuis des décennies, la recherche didactique étudie l'apprentissage. Jo Boaler (Stanford) promeut une mentalité de croissance.
Son approche démarre par une question accessible mais reflexive (voir encadré « Il est permis de faire des erreurs ») : « entrée basse, plafond haut », via énigmes ou applications pratiques. Les élèves s'engagent car la réponse vaut l'effort.
Une discussion de groupe suit : analyse, stratégies, argumentation logique. Les erreurs deviennent étapes précieuses. On peut introduire des notions nouvelles via le débat.
Exemple récent : module sur maisons de vacances autonomes. Une classe de 3e secondaire découvre l'aire sous courbe pour batteries solaires, menant à l'intégrale. L'enseignant guide sans imposer.
Cela requiert créativité enseignante, alignée sur celle des élèves.
Les résultats de Boaler montrent l'écart entre recherche et pratique. Priorisons créativité, collaboration, erreurs constructives pour dissiper peurs. Le changement s'amorce en Flandre et aux Pays-Bas.