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Les pépins de raisin du Néguev : leçons de résilience face aux crises antiques

Il y a environ 1 500 ans, dans le désert du Néguev en Israël, une civilisation byzantine florissante a soudainement disparu, ne laissant que des ruines de pierre. Le mystère de ce départ reste entier, mais les restes alimentaires – pépins de raisin, grains de blé et d'orge – apportent des indices précieux. « Les anciens dépotoirs du Néguev racontent l'histoire de la vie à cette époque à travers des éclats de céramique et des vestiges de plantes et d'animaux. Nous avons fouillé ces déchets pour reconstituer les activités humaines, identifier les périodes de prospérité et de déclin de la colonie », explique l'archéologue Guy Bar-Oz, membre de l'équipe de recherche.

Vin de Gaza

Les scientifiques ont analysé près de 10 000 graines de raisin, de blé et d'orge issues de 11 dépotoirs. Le nombre impressionnant de pépins de raisin corrobore l'hypothèse d'une viticulture d'exportation dominante dans le Néguev. Des textes byzantins vantent le célèbre « vin de Gaza », doux et blanc, transporté dans des « amphores de Gaza » retrouvées sur des sites méditerranéens et dans les mêmes dépotoirs.

Les pépins de raisin du Néguev : leçons de résilience face aux crises antiques

Entre le IVe et la moitié du VIe siècle, la proportion de pépins de raisin croît parallèlement aux grains de céréales, signe d'une transition réussie vers l'exportation. Daniel Fuks, doctorant à l'Université Bar-Ilan et auteur principal de l'étude, illustre : « Imaginez-vous paysan byzantin : votre terre nourrit d'abord votre famille avec blé et orge. Sur une petite parcelle, raisins pour le vin, légumes et fruits. Puis l'exportation de vin rapporte assez pour acheter du pain, libérant des terres pour élargir le vignoble. L'agriculture de subsistance devient commerciale. »

Maladies et changement climatique

Cette richesse a accru la vulnérabilité aux chocs. Au milieu du VIe siècle, la peste a réduit la demande de vin et tué des travailleurs, menaçant production et approvisionnement. Les éruptions volcaniques de 535-536 et 539 ont ensorcelé l'hémisphère Nord de poussière, refroidissant le climat pendant une décennie et perturbant l'agriculture désertique, peut-être via des pluies torrentielles. Ces menaces évoquent nos défis actuels. Fuks conclut : « Les Byzantins ne les ont pas anticipées, contrairement à nous qui pouvons nous préparer au changement climatique ou à la prochaine pandémie. » L'étude est publiée dans la revue PNAS en 2020.

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