Lors d'une candidature à un emploi, mieux vaut souvent taire une dépression passée, surtout face à un recruteur homme. Une étude rigoureuse de l'Université de Gand le démontre.

Dans une lettre de motivation, faut-il mentionner un trou d'un an au CV dû à une dépression, ou rester silencieux ? La seconde option l'emporte, particulièrement avec un recruteur masculin.
Reprendre une activité après une année d'interruption suscite invariablement des questions des employeurs sur les motifs de cette absence du marché du travail. Encore faut-il être invité à un entretien.
Pour éclairer ce point, l'économiste social Stijn Baert et ses collègues de l'Université de Gand ont expédié plus de 600 candidatures fictives à de réelles offres d'emploi : technicien de laboratoire, commercial, ouvrier de production et barman. Ils ont comparé des profils identiques avec une année blanche : la lettre A mentionnait explicitement une dépression sévère, la B omettait la raison.
Globalement, le taux d'invitations à entretien était égal (13 %) pour tous. Mais cela varie selon le genre du recruteur : face à un homme, les candidats mentionnant la dépression recevaient 40 % d'invitations en moins ; face à une femme, 40 % de plus.
Empathie et stéréotypes de genre
"La dépression reste taboue chez les hommes", analyse Stijn Baert. "Les stéréotypes associent les femmes à plus de compétences émotionnelles et d'empathie, ce que confirme notre étude. Les recruteurs masculins discriminent surtout les femmes ayant un passé dépressif, en ligne avec les recherches montrant une plus grande indulgence envers son propre genre."
Faut-il mentionner une dépression antérieure ? "C'est un atout si le recruteur est féminin", conseille Baert. "Omettre la raison d'une absence peut paraître suspect, surtout chez les profils qualifiés où c'est rare. Insistez sur le fait que c'est du passé, que vous êtes remis et non susceptible de rechuter. Les employeurs craignent un risque de rechute, mais un refus l'amplifie et pèse sur la société – donc sur eux indirectement." (lg)