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Pandémies et histoire classique : les leçons des sciences humaines pour le COVID-19

Après deux ans d'interruption mondiale exceptionnelle aux implications encore floues, il est inévitable que de nombreux ouvrages sur le COVID-19 émergent pour les décennies à venir. Dans cette période d'introspection, les sciences humaines apportent un éclairage précieux.

Au début de la pandémie, les questions portaient principalement sur un vaccin : quand arrivera-t-il ? Sera-t-il efficace ? L'explication théorique et technique sera brève et concrète. L'essentiel se trouve ailleurs. L'histoire médicale des pandémies est fascinante, mais rarement déterminante. Nous ignorons la nature exacte de la peste qui frappa Athènes au Ve siècle av. J.-C. ou celle qui ravagea Rome aux IIe et IIIe siècles av. J.-C. Nous connaissons la propagation de la Peste noire, mais ce n'est pas l'aspect le plus captivant.

Le plus passionnant réside dans les réactions humaines aux épidémies et dans les descriptions des contemporains. Thucydide (460-400 av. J.-C.), historien et général grec, a relaté la réponse des Athéniens à leur peste, influençant durablement les historiens ultérieurs. Il a posé les bases d'un récit sur les symptômes et l'impact social.

Athènes était en guerre contre Sparte depuis deux ans, un conflit qui dura plus de 20 ans. La peste se propagea rapidement, fauchant de nombreuses vies. Certains Athéniens soignèrent leurs voisins au péril de leur vie, mais beaucoup les abandonnèrent. Ils négligèrent familles et défunts, se tournant vers les plaisirs éphémères. Cela évoque La Boum : une fête au Bois de la Cambre où les jeunes ignorèrent les mesures anti-COVID.

On ignore l'ampleur exacte du changement induit par la peste à Athènes : la guerre ne s'acheva pas pour autant, et la prospérité athénienne persista. Thucydide note que la mort de Périclès emporta avec lui un leadership modéré. Il suggère que les Athéniens abandonnèrent piété traditionnelle et normes sociales.

Cette génération posa les questions les plus radicales sur la nature, les dieux, la connaissance du monde et le sens de la vie. Elle développa un militarisme exacerbé, menant à la défaite contre Sparte et la perte de l'empire athénien.

Les pandémies et leur impact

Il est tentant d'affirmer que les pandémies tout changent, mais est-ce vrai ? Après la peste byzantine du VIe siècle, une ferveur religieuse s'empara du monde, vite éclipsée par un retour aux habitudes antérieures une fois le danger passé.

Et notre pandémie ? Quels changements durables ? Malgré la tentation de prédire une refonte du contrat social, l'histoire incite à la prudence.

Les conséquences les plus graves pourraient toucher les pays en développement, freinant leurs progrès, ainsi que la santé mentale et l'éducation mondiales, effets difficiles à quantifier. Pourtant, cette pandémie est la plus scrutée de l'histoire, grâce notamment aux sciences humaines. L'Université d'Exeter a lancé The Pandemic and Beyond, recensant déjà plus de 700 projets COVID-19 financés par le Council for the Humanities and Social Sciences.

La science des pandémies

L'histoire du COVID-19 ne se résumera pas à la description du virus, du vaccin ou de son origine. Elle racontera comment la maladie a remodelé nos comportements sociaux, individuels, familiaux, sociétaux et politiques.

Les meilleurs historiens soulignent que la biologie de la maladie est indissociable de sa construction sociale autour de la santé. Ils rappellent aussi que nous mésestimons souvent les conséquences.

Une retombée majeure de cette pandémie concerne la tension entre politique et science. La peste athénienne questionna vie, mort et dieux. La Peste noire transforma religion, philosophie et éthique médicale.

Cette crise a révélé la science sous son jour le plus noble et indispensable, tout en la plaçant en position délicate face à la politique. Les dirigeants ont clamé suivre "la science", mais celle-ci n'est pas un monolithe et offre rarement des réponses simples.

À long terme, pour appréhender les implications du virus – et les défis culturels, sociaux, économiques plus larges –, il faudra adopter une vision plus large et nuancée de la science. Seule cette approche permettra de rendre justice à la portée disruptive de cette pandémie.


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