Les bloqueurs de publicités posent un défi majeur à l'industrie publicitaire en ligne depuis des années. Aujourd'hui, le leader mondial de la publicité numérique, Google, envisage de modifier son navigateur pour compliquer le blocage des bannières.

Notre relation avec la publicité sur Internet est complexe. Les bannières envahissantes, les vidéos publicitaires et autres formats interactifs agacent souvent les utilisateurs. Pourtant, les sites web dépendent de ces revenus pour survivre. Google, géant de la tech, en est le principal bénéficiaire malgré ses divers projets. Il est donc logique que l'entreprise cible les bloqueurs de publicités.
Les bloqueurs de publicités sont des extensions de navigateur qui masquent ou suppriment les annonces. Pour Google, cela va trop loin. Afin d'équilibrer confort utilisateur et intérêts économiques, l'entreprise a rejoint en 2017 la Coalition for Better Ads.
Les modifications proposées rendent beaucoup plus difficile la suppression des publicités par les bloqueurs.
Cette coalition vise à bannir les formats publicitaires les plus intrusifs tout en autorisant des bannières respectueuses des règles. L'objectif : inciter les internautes à tolérer un certain niveau de publicité pour soutenir leurs sites préférés, y compris Google.
Depuis son adhésion, Chrome intègre un bloqueur de publicités qui ne cible que les annonces violant les standards de la coalition : 4 à 8 formats interdits, variant selon l'appareil (pop-ups sur tous, occupation d'écran >30% sur mobile).
Ces mesures semblent raisonnables, mais plusieurs obstacles subsistent.
D'abord, le bloqueur Chrome est moins efficace que les extensions tierces, qui suppriment toutes les publicités, même sur les sites conformes.
Les développeurs protestent contre ces plans, mais leur impact sur Google reste à voir.
Pire encore, Google propose des changements radicaux à Chromium, la base open source de Chrome et d'autres navigateurs (comme le futur Edge de Microsoft).
Ces ajustements rendraient les bloqueurs tiers inefficaces : limitation des extensions (contrôle des requêtes serveur par le navigateur), plafonnement des listes de serveurs publicitaires à 30 000 entrées (contre des listes bien plus longues actuellement).
Ces modifications affecteraient des millions d'utilisateurs : environ 25% des internautes en Belgique et aux Pays-Bas utilisent un bloqueur.
En Belgique, un quart des internautes utilisent un adblocker.
Google argue d'avantages pour la vie privée (masquage des cookies sensibles) et la performance. Cependant, les développeurs répliquent que plus d'annonces signifie plus de données téléchargées, annulant les gains de vitesse. Reste à voir si ces critiques influenceront Google.