La première partie du sixième rapport d'évaluation du GIEC sur le climat paraîtra fin septembre. Peu de bonnes nouvelles à attendre. Thierry Fichefet, auteur principal, partage ses perspectives dans le magazine Eos.

Fin septembre paraîtra la première et principale partie du nouveau rapport du GIEC sur le climat. Peu de bonnes nouvelles en vue. Thierry Fichefet, l'un des auteurs principaux, se tourne vers l'avenir.
Thierry Fichefet ne peut divulguer aucun détail de la première partie du rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le rapport final du «groupe de travail 1». Comme les 3 000 experts ayant contribué à ce sixième rapport d'évaluation, il est tenu à une stricte confidentialité. Professeur de sciences du climat à l'UCLouvain, il est auteur principal du chapitre 9.
Ce groupe de travail 1, auquel appartient aussi Philippe Huybrechts (VUB), traite des bases physiques du changement climatique, notamment les projections basées sur divers scénarios. Son rapport sortira le 26 septembre, date clé pour les organisations environnementales et gouvernements. Les rapports des groupes 2 (impacts) et 3 (mitigation) suivront en 2024 et 2025.
«Notre groupe compte plus de 100 auteurs. Le brouillon a été évalué en deux rounds par 660 puis 800 experts, générant plus de 50 000 commentaires sur 2 000 pages. Tous sont pris en compte et publiés», explique Fichefet.
«Nous modélisons le système climatique pour projeter l'élévation des températures à moyen et long terme selon différents scénarios d'émissions. Mon chapitre porte sur les projections à long terme jusqu'à fin de siècle et l'irréversibilité du réchauffement.»
Modèles avancés
Depuis le précédent rapport (AR5, 2013-2014), les progrès incluent CMIP6, intercomparaison de 45 modèles couplés océan-atmosphère. «Aucun n'est parfait, mais leur ensemble réduit les incertitudes pour des projections plus fiables.»
Disparition de la banquise arctique
Spécialiste de la banquise, Fichefet a développé le modèle LIM, intégré aux rapports GIEC. Il reproduit fidèlement la perte de glace arctique depuis 1979 : -3-4 % par décennie en moyenne annuelle, -10-11 % pour l'étendue minimale estivale.
Projections : «Basé sur des scénarios d'émissions élevés (probables), l'Arctique sera libre de glace en été avant 2050 pour la première fois. Si les émissions se stabilisent, la fonte continuera mais sans disparition totale estivale.»
Pôle Sud
À l'opposé, la banquise antarctique croît de 1-2 % par décennie. Pas due à la glace continentale, mais à l'inertie océanique et à l'eau de fonte stabilisant les couches supérieures (Nature Geoscience, mai 2023).
Au pôle Sud, la banquise antarctique augmente, contrairement à l'Arctique.
«L'Arctique, avec peu de convection, subit une 'amplification arctique' : réchauffement deux fois plus fort qu'au pôle Sud. C'est l'indicateur le plus sensible du changement climatique.»
Fin septembre révélera l'ampleur de la crise. (Extrait du magazine Eos, septembre 2023)
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