Un bécasseau maubèche (Calidris canutus) marqué par l'Institut royal néerlandais de recherche sur la mer (NIOZ) a réalisé un exploit migratoire : un vol sans escale de plus de 4 000 km durant 60 heures, au-dessus de la calotte glaciaire du Groenland et le long de la côte est de l'Islande, jusqu'à la mer des Wadden.

La trajectoire de 'Paula'
'Paula', un spécimen de la sous-espèce Calidris canutus islandica, se reproduit dans l'extrême nord du Canada et hiverne dans la mer des Wadden. Contrairement à la sous-espèce nominale Calidris canutus canutus, qui niche en Sibérie et hivernage en Afrique de l'Ouest.
Capturée en avril sur les vasières, Paula a été équipée d'un émetteur microsatellite prototype de seulement 2 grammes, alimenté par un panneau solaire ultra-performant. "Cet appareil permet un suivi continu via satellites pendant l'été arctique", explique Eva Kok, doctorante au NIOZ.
Vol de reconnaissance et migration aller
Après deux semaines de vérification, Paula a été relâchée sur Texel. Elle est rentrée sur Griend, puis a filé vers l'Islande en une journée. Après un vol de reconnaissance au Groenland, elle a rallié en direct l'île d'Ellesmere, point le plus septentrional de la Terre.
L'itinéraire de Paula : vol retour sans escale via Groenland et côte est islandaise. Points rouges : positions satellite.Les signaux ont stagné trois semaines, indiquant une tentative de reproduction infructueuse. Paula s'est alors engraissée en toundra avant son vol retour épique de 60 heures vers la mer des Wadden, via zones d'alimentation islandaises.
Théories validées
"Ce suivi confirme nos hypothèses sur les routes migratoires", note Eva Kok. Les bécasseaux islandica nichent bien autour d'Ellesmere, s'engraissent en toundra et regagnent les Wadden en un vol direct.
Des analyses isotopiques sanguines corroboraient déjà ces parcours, certains faisant escale en Islande au retour.
Le bécasseau maubèche commun rétrécit
Les recherches du NIOZ montrent que le réchauffement climatique décale le pic des insectes, produisant des juvéniles au bec court. Ces oiseaux peinent à extraire les coquillages profonds dans les Wadden, augmentant leur mortalité de 2 fois. "La sélection naturelle favorise désormais les becs relativement plus longs sur des corps plus petits", conclut Jan van Gils, chercheur principal.
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