L'on pensait traditionnellement qu'une seule espèce d'esturgeon habitait la mer du Nord et la mer Baltique : l'esturgeon européen (Acipenser sturio). Pourtant, des vestiges archéologiques prouvent que l'esturgeon noir (A. oxyrinchus) était également un visiteur régulier de nos eaux côtières et fluviales.

Des décennies de réintroductions guidées par une règle empirique
Depuis les années 1980, autorités et associations de protection de la nature s'efforcent de réintroduire l'esturgeon, célèbre pour son caviar, dans nos régions. La pratique courante consiste à relâcher l'esturgeon européen (Acipenser sturio) dans les rivières de la mer du Nord, et l'esturgeon noir (A. oxyrinchus) dans celles se jetant en mer Baltique. Récemment, des dizaines d'exemplaires d'esturgeon européen, originaires de la Gironde (le dernier bastion en Europe occidentale), ont été réintroduits aux Pays-Bas.
Relâchons-nous la bonne espèce ?
Une étude de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique remet en cause cette approche. L'analyse de milliers de restes osseux anciens révèle que l'esturgeon noir était autrefois abondant dans nos rivières, y compris celles connectées à la mer du Nord pour la fraye. Cette espèce pourrait même avoir été dominante, contrairement à la croyance qu'elle se limitait à la côte est de l'Amérique du Nord.
Quelle importance si l'espèce historiquement dominante ne peut être reproduite ? Introduire les deux pourrait s'avérer judicieux : les biologistes observeraient ainsi laquelle s'adapte le mieux.
Les esturgeons forment une famille unique de poissons, prisés pour leurs œufs (caviar, dit "or noir"). Certains individus atteignent 6 mètres, 400 kg et plus de 100 ans.
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