Aimez-les ou non, les perruches à collier s'installent durablement dans nos paysages urbains.
Au Royaume-Uni, elles peuplent déjà de nombreux parcs, où elles se posent sur les genoux des visiteurs et mangent dans leur main. En Belgique, leur présence ne cesse de croître.
Chaque janvier, lors du grand week-end de comptage des oiseaux organisé par Natuurpunt, le moineau domestique, la mésange charbonnière et le pinson des arbres dominent traditionnellement le top 3. La perruche à collier n'a jamais figuré dans le top 10, mais cela pourrait changer bientôt. Cette espèce affiche la croissance démographique la plus rapide parmi les oiseaux et conquiert le monde. Hors de leurs habitats originels en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, des colonies sont établies dans au moins 65 villes européennes et plus de 30 pays sur les cinq continents.
À Bruxelles et dans la Randstad néerlandaise, les perruches à collier sont bien implantées. Leur arrivée à Bruxelles remonte à 1974, lorsque Guy Florizoone a ouvert la volière du Melipark. Les quelque 50 individus initiaux se sont multipliés, et l'on en trouve désormais dans tous les parcs de la capitale.
Une expansion imparable
Le commerce international de perruches à collier sauvages, combiné à leur fort potentiel reproductif, a favorisé leur installation hors de leur aire naturelle. Entre 1984 et 2007, pas moins de 146 539 spécimens ont été importés en Europe avant l'interdiction européenne du commerce d'oiseaux sauvages.
Comment s'expliquent leur adaptation réussie ? Le climat joue un rôle clé. Bien que leur aire de répartition naturelle soit vaste, couvrant deux continents, les perruches observées en Europe proviennent majoritairement des contreforts himalayens plus froids, notamment du Pakistan. Elles sont donc pré-adaptées aux conditions nord-européennes.
Intéressant : des perruches étaient présentes au Royaume-Uni dès la fin du XIXe siècle, mais n'y avaient pas survécu. Aujourd'hui, des hivers plus doux dus au réchauffement climatique, alliés à l'alimentation humaine des oiseaux, leur assurent une nourriture abondante toute l'année – des conditions idéales pour proliférer.
Sans prédateurs naturels en Europe – pas d'aigles noirs indiens en Belgique –, même les rapaces locaux ne freinent pas leur expansion démographique.
Impact sur les ressources alimentaires et nids
Bien que nombreuses en Belgique, les conséquences écologiques des perruches restent mal connues. Concurrencent-elles les espèces locales pour les cavités de nidification et la nourriture ? Des études montrent qu'elles rivalisent avec les sittelles, réduisant leur nombre dans les zones de cohabitation.
Les chercheurs s'interrogent aussi sur les effets humains : nuisances sonores ou bienfaits psychologiques des oiseaux exotiques colorés dans les parcs ? ParrotNet, réseau européen de scientifiques, étudie ces perroquets invasifs pour mieux les comprendre.
Malgré leur abondance, beaucoup de Belges ignorent encore ces perruches sauvages. À mesure qu'elles se répandent, elles deviendront banales comme les pigeons. Nos enfants les verront peut-être comme des volatiles ordinaires.
Traduction : Marc Lebailly
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