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Les coquillages : indicateurs fascinants de la pollution marine et du changement climatique

Les coquillages ramassés sur la plage peuvent compter des milliers d'années. Ils révèlent une histoire captivante, mais aussi alarmante, sur les changements climatiques, le plastique et les retardateurs de flamme.

« Ne marchez pas trop vite, vous découvrirez une plus grande variété qu'il n'y paraît à première vue », conseille Thierry Backeljau. Ce professeur affilié à l'IRSNB (Institut royal des Sciences naturelles de Belgique), à l'Université d'Anvers et expert en malacologie, nous guide jusqu'à la palissade d'Ostende, à marée basse. Dans la ligne de marnage haute, nous repérons des tellines (nonnes), des fourreaux d'épée américains, des scies et d'autres espèces. Passionné de mollusques depuis l'enfance – où il collectionnait déjà –, Backeljau étudie aujourd'hui scientifiquement ces organismes : escargots, palourdes et calmars.

Les coquillages : indicateurs fascinants de la pollution marine et du changement climatique

Backeljau soulève une pierre, inspecte les déchets échoués et tamise le gravier. Il déniche bientôt un petit escalier en colimaçon de moins d'un demi-centimètre. Les ondulations sableuses recèlent aussi des trésors. « Certains coquillages ne mesurent que quelques millimètres, comme les cornes : une loupe est indispensable », note-t-il. Les collectionneurs profitent des tempêtes violentes, qui remontent des profondeurs des espèces rares. Printemps et automne sont propices.

Sur le brise-lames, entre les moules, bigorneaux et frelons abondent. Ne les arrachez pas : ce sont des animaux vivants. Seules les coquilles vides – squelettes externes des mollusques – s'échouent sur le sable.

Moules et huîtres colonisent les brise-lames, mais nombre de coquillages préfèrent les fonds sablonneux de nos côtes. Les vasières et marais salants, comme à l'estuaire de l'Yser ou au Zwin, hébergent tellines, coques et gapers.

Nous déconseillons fortement de prélever des coquillages vivants Thierry Backeljau

Les marées imposent aux coquillages une robustesse exceptionnelle. Dominent les bivalves, capables de se réenfouir via un pied musclé. « Un ligament charnière relie les valves. Au repos, il les écarte ; la contraction des muscles fermeurs les referme. Voilà pourquoi les coquilles mortes trouvées sur plage sont ouvertes », explique Backeljau.

Les prédateurs

La nourriture dicte la répartition : filtreurs extrayant l'organique de l'eau de mer, siphonnés comme coques et gapers, ou brouteurs raclant les algues. Mais tous sont proie de prédateurs. L'escargot violet perce les moules, qui ripostent via leurs byssus, emprisonnant l'agresseur.

Les murex percent des trous ronds ; étoiles de mer digèrent par l'estomac extrusible. « D'où ces coquilles trouées ou vides sur la plage », précise l'expert.

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Les tropiques offrent des couleurs vives, mais nos tellines arborent jaune, rose, orange ou blanc. Pieternella Luttikhuizen a prouvé leur base génétique mendélienne : rose dominant, blanc récessif. Pas de fonction claire, mais un régal pour les collectionneurs.

Communication chimique

Identifier les mollusques reste complexe. « Visuellement : couleur, forme, sculpture. Mais leur vision est rudimentaire ; ils communiquent chimiquement, comme les insectes », souligne Backeljau. Espèces quasi-identiques génétiquement distinctes, ou inversement : la taxonomie évolue.

Essentiel pour la biodiversité : 120 000 espèces mondiales, une centaine sur côte belge. Inventaires à actualiser : espèces invasives dues à l'homme.

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L'escargot violet renaît

À Zeebrugge, Backeljau cherche l'escargot violet, éradiqué par le TBT des peintures anti-fouling navales, perturbant les hormones. Interdit en 2003, il réapparaît depuis 2012.

Huître japonaise, fourreau américain

Épaves boostent la biodiversité. Huître japonaise remplace les natives décimées ; fourreau américain via eaux de ballast ; carex américain, convergences évolutives.

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Huître du Pacifique concurrence nos moules.

Du plastique dans nos assiettes

Mais la vie marine souffre : PCB, antibiotiques... En 2012, 1 nanoplastique/gramme de moule. 500 par demi-kilo consommé. Liens toxiques étudiés à Wageningen : moules plus petites.

« Impact humain invisible mais réel. Changements rapides », alerte Backeljau.

Acidification

CO2 acidifie : coquilles calcaires fragilisées. +26 % depuis Révolution industrielle. Zones mortes : 245 000 km². Polaires et côtes US touchées.

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