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Le lien inattendu entre les excréments de chenilles et les émissions de carbone

Un livre pour enfants emblématique sur une chenille très affamée omet astucieusement le processus naturel qui suit l'ingestion de toute cette nourriture : les déchets. Il s'avère que certaines chenilles contribuent de manière sous-estimée aux émissions de carbone. Pas de pets minuscules comme chez les vaches, mais un mécanisme bien plus indirect.

Un nouvel article, publié aujourd'hui dans Nature Communications, résume 32 ans de données et d'images satellite couvrant 430 000 km² en Ontario (Canada). Il examine les déchets des insectes défoliacteurs. L'étude conclut que les chenilles spongieuse (Lymantria dispar) et à tente (Malacosoma americanum) contribuent indirectement aux émissions de carbone, car leurs excréments riches en azote finissent dans les plans d'eau voisins.

"C'est une étude puissante, s'appuyant sur des décennies de recherches", déclare Christopher Williams, professeur de géographie à l'Université Clark (non impliqué). "Elle identifie de nouveaux mécanismes de défoliation par les insectes, représentatifs des perturbations croissantes dans nos paysages."

Comme le héros de The Very Hungry Caterpillar, ces chenilles dévorent les feuilles d'arbres à feuilles caduques et de conifères, absorbant carbone et azote. L'azote non utilisé est excrété sous forme de fèces.

"Les chenilles extraient l'azote des feuilles et le rejettent dans le paysage", explique Andrew Tanentzap, professeur d'écologie du changement global à l'Université de Cambridge et co-auteur.

Ces excréments riches en azote se rincent dans les lacs proches, stimulant la croissance bactérienne. Les bactéries émettent alors du CO₂. Le carbone, quant à lui, alimente normalement les algues, mais les lacs en reçoivent moins car dévoré par les chenilles. Résultat : +100 % d'azote et -30 % de carbone dans les lacs pendant les épidémies, sur 32 ans.

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Une épidémie survient quand plus de 50 % d'une zone est défeuillée. En Ontario, cela arrive tous les 5 ans dans certaines régions. Ces espèces pullulent dans l'est de l'Amérique du Nord. Tanentzap vise à quantifier les émissions de CO₂ à l'échelle des lacs.

Est-ce positif ou négatif ? "C'est mitigé", dit Tanentzap. Utiliser des pesticides pour compenser poserait d'autres problèmes.

Christopher Williams ne s'inquiète pas : "C'est plus une conséquence du changement climatique, favorisant ces ravageurs."

Tanentzap insiste : cette découverte rappelle l'interconnexion de la nature.


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