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LunAero : un robot innovant scrute la Lune pour percer les mystères de la migration nocturne des oiseaux

Que font les oiseaux migrateurs la nuit ? Cette question intrigue les scientifiques depuis des siècles. Autrefois, des théories fantaisistes évoquaient des plongées sous-marines ou des immersions dans la boue. Au XIXe siècle, une cigogne allemande retrouvée avec une lance africaine dans le cou a prouvé leur migration. En 1881, un chercheur a observé ces oiseaux en vol nocturne via un télescope pointé sur la Lune.

L'observation lunaire des oiseaux reste une méthode de niche, similaire aux transits astronomiques pour détecter les exoplanètes. Dans les années 1950, l'ornithologue George Lowery a quantifié cette technique à grande échelle, mobilisant des campagnes nationales. Entre crépuscule et aube, ses équipes comptaient les oiseaux traversant le disque lunaire, notant leurs trajectoires et directions. Sans outils avancés, ils utilisaient un cadran d'horloge pour cartographier les passages.

"Nous automatisons cette méthode avec notre robot LunAero", explique Wesley Honeycutt, chercheur associé à l'Université de l'Oklahoma. "La technique de Lowery est efficace, mais épuisante. J'ai passé des nuits entières à fixer la Lune."

Honeycutt et son équipe ont développé LunAero : une caméra vidéo, un mini-ordinateur, une longue-vue motorisée et des algorithmes de vision par ordinateur pour suivre la Lune en temps réel. Ce système détecte des oiseaux invisibles à l'œil nu et s'adapte à divers télescopes.

LunAero : un robot innovant scrute la Lune pour percer les mystères de la migration nocturne des oiseaux

Outre les vidéos, LunAero génère des logs détaillés (durée, images, paramètres caméra). Un logiciel d'analyse est en développement, mais l'extraction manuelle des trajectoires reste nécessaire. Les premiers tests datent d'avril-mai 2018-2019, pendant la migration printanière.

Les données révèlent déjà des insights précieux. "Selon les conditions et l'altitude, on identifie genres ou espèces locales, et des patterns de vol uniques comme les oscillations des engoulevents", note Eli Bridge, ornithologue et professeur adjoint à l'Université de l'Oklahoma. "On mesure directions précises, dérives éoliennes et comportements."

LunAero : un robot innovant scrute la Lune pour percer les mystères de la migration nocturne des oiseaux

LunAero complète des outils comme le radar aéroécologique.

"Le radar montre densités et altitudes, mais pas les espèces", précise Honeycutt. "LunAero offre une vue directe, impossible autrement."

Construisez LunAero pour ~150 € (hors télescope) avec des pièces d'atelier et Amazon. Plans et tutoriels open-source disponibles. "Ces capteurs low-cost, déployés en réseau, rivalisent avec l'équipement pro", ajoute Honeycutt.

Publié en 2020 dans HardwareX, LunAero évolue : mises à jour hardware et envois aux ornithologues amateurs.

"Idéal pour la science citoyenne, malgré nuages ou cycles lunaires limitant les observations à la pleine lune", tempère Bridge. Des ajustements constants améliorent la stabilité.

Bientôt, un papier sur les comportements sociaux : vols solitaires, en groupes ou formations. "Unique pour la nuit, sans projecteurs infrarouges", souligne Bridge.

L'analyse manuelle freine la scalabilité. "L'IA peine sur des oiseaux réduits à un pixel", note Honeycutt. Un système naïf, intensif en calcul, est préféré.

Dans cinq ans, LunAero enrichira les technologies de suivi. "Observation directe irremplaçable", insiste Jeff Kelly, professeur de biologie à l'Université de l'Oklahoma.

Les mystères migratoires persistent : vols groupés ? Altitudes uniformes ? "Ces données concrètes éclaireront collisions aviaires et impacts urbains", conclut Kelly.


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