Vous le voyez maintenant, et l'instant d'après, il se fond dans le décor.
Le calmar de récif à grandes nageoires, originaire des océans Pacifique et Indien, est renommé pour sa peau scintillante et iridescente. Cette petite créature marine peut également modifier son apparence grâce à des cellules productrices de pigments, appelées chromatophores, incrustées dans son derme. Bien étudiées chez les seiches et les poulpes, ces structures font l'objet de nouvelles recherches chez les calmars.
Récemment, une étude publiée dans la revue Scientific Reports menée par des chercheurs de l'Université du Minnesota Duluth et de l'Institut des sciences et technologies avancées d'Okinawa (Japon) a examiné les capacités de camouflage de cette espèce en laboratoire. Ils ont conçu un bassin en fibre de verre divisé en deux zones : un fond bleu et un fond vert simulant des habitats algueux. Huit calmars adultes élevés en captivité ont été observés via une caméra sous-marine pendant leurs déplacements. Pour minimiser les reflets, le bassin a été partiellement couvert de tissu, et les enregistrements réalisés par temps nuageux.
Les vidéos révèlent que les calmars ajustent la couleur de leur corps à chaque passage d'une zone à l'autre, parfois en une fraction de seconde, sans interrompre leur nage. Leur vitesse moyenne s'établit à 0,16 mètre par seconde lors de ces changements chromatophoriques.
Les auteurs notent des similitudes avec d'autres céphalopodes : certains individus anticipent les changements d'environnement, rappelant le comportement des seiches en milieu benthique. Cependant, une interaction sociale accrue en bassin pourrait accélérer ces adaptations.
Surtout, l'espèce combine deux mécanismes : une semi-transparence corporelle et l'activation des chromatophores. Auparavant, on pensait que les calmars reposaient uniquement sur leur peau translucide pour le camouflage. Or, migrant des lagons herbeux vers les eaux pélagiques à maturité, ils nécessitent des stratégies multiples contre les prédateurs tout au long de leur vie.
"Cette combinaison rare de semi-transparence et de métachrose via chromatophores permet à l'espèce d'occuper avec succès les environnements récifaux et pélagiques", écrivent les auteurs. "Elle représente un modèle idéal pour étudier l'écologie, l'évolution et la neurobiologie du camouflage dynamique."
Découvrez la première vidéo d'un calmar de récif à grandes nageoires changeant de couleur pour s'adapter à son fond ci-dessous.