L'hippocampe est essentiel pour les souvenirs. Et si cette région cérébrale jouait aussi un rôle dans nos visions du futur ? Sa fonction semble bien plus vaste que ce qu'on imaginait initialement.
Pour survivre, les animaux doivent souvent décider rapidement, en pesant plusieurs scénarios futurs. Prenons une antilope poursuivie par un prédateur : « Si je vais à gauche, je protège mes proches mais risque ma vie. » Imaginer ces options est crucial pour des choix optimaux. Une étude révèle que l'hippocampe, niché dans les lobes temporaux, contribue largement à cette capacité.
Des neuroscientifiques américains ont observé chez des rats comment le cerveau génère des scénarios imaginaires. Ces résultats éclairent la prise de décision et la localisation de l'imagination dans le cerveau.
Équipés d'un dispositif crânien mesurant l'activité cérébrale en continu, les rats ont exploré un labyrinthe en T. Les chercheurs ont scruté les cellules de lieu de l'hippocampe, ces neurones soupçonnés de cartographier l'espace – un véritable GPS interne. Près de la jonction en T, l'activité de ces cellules oscillait rapidement entre la position actuelle et les deux voies alternatives, comme si le rat évaluait : « Je suis ici – à gauche ? Ou à droite ? »
L'hippocampe génère un menu de scénarios imaginaires
Les cellules de lieu s'activent aussi selon la direction prise. Après un choix, celles de l'autre voie « rebondissaient » d'avant en arrière. Les chercheurs y voient la capacité du rat à envisager un demi-tour : « Je pars ici, mais je pourrais changer. »
Jaap Murre, professeur à l'Université d'Amsterdam, n'est pas surpris : « Dès les années 1970, on savait que les cellules anticipent le trajet à parcourir. Ici, le choix active les deux options, ce qui est novateur. »
Ces oscillations entre options réelles et imaginaires s'intensifiaient près de la jonction, sans dicter le choix final. L'hippocampe fournirait ainsi un « menu » de scénarios, évalués ensuite par d'autres zones en fonction d'expériences passées, de dangers et de l'état du rat pour une décision éclairée.
Ces découvertes concernent aussi les humains : « Les circuits hippocampiques sont très similaires chez rats et humains », note Murre. « Chez nous, la navigation est moins centrale, mais le principe tient. »
L'hippocampe dépasse la mémoire et les cartes spatiales. Ses cellules de lieu génèrent et soutiennent des scénarios imaginaires cohérents, reliant passé et futur dans le présent.
L'étude est parue dans la revue Cell en 2020.
[]