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Refuges coralliens hawaïens : la clé pour survivre aux vagues de chaleur marines ?

De petites zones de récifs tropicaux résistant aux vagues de chaleur marines extrêmes pourraient détenir des indices précieux pour protéger les coraux mondiaux, selon une étude récente.

Des scientifiques ont réalisé des relevés aériens des récifs hawaïens avant et après la canicule marine de 2019. Ils ont identifié des sites où les coraux ont mieux résisté, perdant jusqu'à 40 % de moins de colonies malgré des températures similaires. Plusieurs facteurs expliquent cette résilience, dont la distance aux zones humaines, comme rapporté le 2 mai dans Proceedings of the National Academy of Sciences.

"Nous cherchons à comprendre où se trouvent ces refuges et pourquoi ils existent", explique Greg Asner, co-auteur et directeur du Center for Global Discovery and Conservation Science de l'Arizona State University à Hilo, Hawaï. "Pour la conservation, ce sont de précieux bastions de biodiversité océanique nécessitant une protection urgente."

Le changement climatique intensifie les vagues de chaleur marines, menaçant gravement les coraux. Sous l'effet de températures élevées prolongées, les coraux stressés expulsent leurs algues symbiotiques, provoquant un blanchissement. Si la chaleur persiste, ils meurent.

Pour analyser cette résilience, Asner et son équipe ont surveillé 21 773 hectares (84 miles carrés) de récifs autour de six îles hawaïennes. Des survols en janvier 2019, six mois avant la canicule, ont été suivis d'un second en janvier 2020 pour évaluer les pertes.

Ils ont employé la spectroscopie d'imagerie pour différencier coraux vivants et morts via leur composition moléculaire : protéines, chlorophylle et composés carbonés chez les vivants, macroalgues végétales chez les morts.

Les études antérieures se focalisaient sur le blanchissement, mais Asner insiste : "Il faut identifier où les coraux meurent pour orienter la conservation vers les survivants."

Refuges coralliens hawaïens : la clé pour survivre aux vagues de chaleur marines ?

Après la canicule, les récifs ont perdu en moyenne 26,1 % de coraux vivants (6,3 % du fond marin). Les îles de Lanai, Hawaï et Kahoolawe ont été les plus touchées.

Cependant, les zones à forte couverture corallienne initiale ont mieux résisté, formant des refuges potentiels de quelques à plusieurs centaines d'acres.

"Ces succès se trouvent dans des zones peu développées, sans pollution ni sédimentation", note Asner. Les coraux y étaient plus sains, loin des impacts humains.

"Le traitement des eaux usées à Hawaï est défaillant, avec des rejets directs d'effluents dans l'océan", alerte-t-il. Réduire pollutions et pesticides est essentiel.

Certaines zones bénéficient de sources d'eaux douces souterraines agissant comme une "couverture thermique". Des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer leur rôle futur.

Même dans les refuges, toutes les espèces n'ont pas survécu : le corail chou-fleur est vulnérable, tandis que des traits génétiques confèrent une résistance supérieure. Suivre ces survivants guidera la reproduction et restauration.

Identifier des refuges ailleurs est prioritaire, car les réponses varient localement. L'équipe prévoit des mesures satellitaires globales dès l'été prochain, sans généraliser Hawaï.

Ces résultats corroborent des observations sur la Grande Barrière de Corail, selon Terry Hughes, biologiste à l'Université James Cook. "L'exposition cumulée à la chaleur explique les pertes différentielles."

Son équipe note des disparités inter-espèces, atténuées en conditions extrêmes. Les refuges doivent résister sur plusieurs épisodes pour être confirmés.

"Un bon score sur un événement ne suffit pas ; beaucoup d'anciens refuges ont succombé ensuite", prévient Hughes.

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