L'Agence de protection de l'environnement (EPA) s'apprête à rétablir l'autorité des États et des tribus pour opposer leur veto aux projets d'infrastructure énergétique susceptibles de polluer les rivières et ruisseaux locaux.
La Clean Water Act garantit depuis un demi-siècle aux États et tribus le dernier mot sur des projets comme les oléoducs et gazoducs. L'administration Trump avait affaibli cette autorité il y a deux ans, privant les gouvernements locaux de leur capacité à protéger l'eau potable. L'administration Biden inverse désormais cette règle.
"Un pipeline peut convenir, mais plusieurs non", explique Lara Fowler, directrice adjointe des Penn State Institutes of Energy and the Environment. "Cette décision permet aux États d'évaluer vraiment les conditions locales."
Les pipelines, longs et étroits, ont une forte empreinte écologique, selon Fowler. Leur installation peut nécessiter le défrichage de forêts et habitats, empiéter sur zones humides et sources d'eau potable. Une fuite risque la santé des riverains.
Les incidents prouvent ces dangers : en 2018, le pipeline Revolution en Pennsylvanie a explosé suite à un glissement de terrain, détruisant une maison et des hectares de forêt. Energy Transfer, son propriétaire, a écopé de neuf accusations environnementales en février.
Plus récemment, le pipeline Mariner East (350 miles) a déversé 20 000 gallons de boue dans le lac Marsh Creek en 2020. Des dizaines de déversements, dolines et contaminations ont touché 22 sites en Pennsylvanie. Energy Transfer fait face à 48 accusations, malgré l'achèvement du projet en février.
Ces cas illustrent pourquoi États et tribus doivent analyser les impacts et vetoer les risques. L'article 401 de la Clean Water Act leur permet de "prévenir, réduire et éliminer la pollution des eaux", selon Jennifer McKay, du Tip of the Mitt Watershed Council. La révision Trump a limité cette capacité.
La règle Trump imposait un délai d'un an et ignorait les autres impacts que la qualité de l'eau. Andrew Wheeler, ex-administrateur EPA, visait à "freiner les abus" freinant les infrastructures.
Certains États ont bloqué des projets fossiles : Washington a refusé un terminal charbon en 2017, New York un gazoduc en 2020, pour risques environnementaux.
"Trump priorisait pipelines et économie, voyant l'article 401 comme un frein", note McKay.
Les pipelines menacent aussi écosystèmes, zones humides, espèces protégées, sols agricoles et ressources tribales. Des études montrent une dégradation des sols et rendements agricoles.
La nouvelle règle EPA permettra aux États et tribus (gouvernements souverains) d'évaluer impacts. Fowler s'en réjouit, les normes locales étant souvent plus strictes.
La question oppose énergie et environnement. "Aucun État n'ignore les besoins énergétiques", dit Fowler. "Il faut équilibrer créativité et minimiser impacts."
La règle passe par 60 jours de commentaires publics, finalisation prévue printemps 2023. Les riverains retrouveront alors leur voix.
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