La fusée VEGA de l'ESA doit décoller prochainement depuis le centre spatial de Kourou, en Guyane française. À son bord : Proba-V, un petit satellite belge à la mission ambitieuse de cartographie de la végétation mondiale. Eos a échangé avec ses concepteurs.

La fusée VEGA de l'ESA va bientôt décoller du centre spatial de Kourou, en Guyane française. À son bord : Proba-V, un petit satellite de fabrication belge à la mission ambitieuse.
PROBA signifie PRoject for OnBoard Autonomy. Le premier PROBA (avec majuscules) a été lancé en 2001. Ce satellite de démonstration, développé en Belgique, offrait aux entreprises spatiales émergentes une plateforme économique pour tester leurs technologies. Doté d'une autonomie inédite, il a été un franc succès, menant à la création de la famille Proba (en minuscules) avec un second satellite en 2009.
Proba-V est le troisième de la série, basé sur cette plateforme éprouvée. Construit par QinetiQ Space en Belgique, ce cube d'environ un mètre cube reprend les missions de SPOT-5, lancé en 2002 par Ariane-4 pour surveiller l'évolution de la végétation terrestre. Après plus de dix ans de service, SPOT-5 est à court de carburant. En attendant Sentinel-3, Proba-V offre une solution rapide, fiable et économique.
Petit mais puissant
Grâce à des technologies avancées, Proba-V intègre tous les instruments nécessaires à l'observation de la végétation dans un format compact. Il embarque même cinq "charges utiles invitées", comme un radiamètre, un récepteur ADS-B pour le suivi aérien et un instrument de l'Université de Louvain-La-Neuve. Malgré sa taille réduite – équivalente à la caméra de SPOT-5 – il consomme seulement 140 watts.
Stefano Santandrea, ingénieur système chez l'ESA pour Proba-V : « Le satellite n'embarque que l'essentiel. Il détermine sa position via GPS et étoiles, rendant un gyroscope superflu, ce qui allège le poids et réduit la consommation électrique. »
Les économies n'altèrent pas la qualité des images. « Les trois télescopes balaient 2 250 km de large avec une précision extrême. À 820 km d'altitude, le géoréférencement est précis à 100 mètres, soit un pixel. »
Proba-V est aussi autonome : « Il reçoit peu de commandes terrestres, optimisant les transmissions. Pour un gros plan, envoyez coordonnées et demande ; il s'adapte lors de son passage. » Il scanne la planète entière en moins de deux jours.
V pour végétation
Financé en partie par la Belgique, Proba-V (50 millions d'euros) bénéficie à l'industrie locale, selon l'ESA. Alberto Tobias, chef de division à l'ESA : « Chaque euro investi génère plusieurs euros de retours au sol et à l'export. »
Les données attirent gouvernements, entreprises et marchés financiers. Eric Gontier, VITO : « Nous produisons des cartes globales tous les 10 jours à partir des meilleures images, sans nuages. Clients comparent avec une base depuis 1998 pour anticiper famines ou récoltes. »
Proba-3 suivra en 2017 : deux satellites en formation pour étudier la couronne solaire.
VEGA, le lanceur léger
Ce vol est le deuxième de VEGA, premier avec deux satellites sur orbites distinctes. Qualifié en 2012, VEGA répond à un besoin européen depuis 1998, soutenu par l'ESA en 2000.
Tommaso Ghidini, responsable matériaux à l'ESA : « Ariane pour les lourdes, Soyouz pour les moyennes ; VEGA cible 50-2 500 kg à moindre coût. »
VEGA compte quatre étages : trois à propergol solide (Z-23 néerlandais au second), un liquide pour précision. « Voir VEGA sortir du hangar après tests fut émouvant », se souvient Ghidini.
Adapté pour deux satellites, VEGA déploiera Proba-V puis VNREDSAT vietnamien, avant désorbitation contrôlée.