Cet été, trois nouvelles sondes spatiales partiront vers Mars. Répondront-elles enfin à la question de l'existence passée de vie sur la planète rouge ?
Le 18 février 2021, après un atterrissage spectaculaire dans un ancien delta fluvial, le rover américain Perseverance s'active avec un bourdonnement et des bips. Il photographie son environnement, explore le paysage martien, analyse minéraux et roches, comme ses prédécesseurs. Mais sa mission est inédite : collecter des échantillons de sol pour une analyse en laboratoire terrestre. Astronomes et biologistes attendent ces précieux spécimens avec impatience. Qui sait ? Ils pourraient révéler des preuves irréfutables de vie extraterrestre.
La recherche spatiale exige patience : il faudra plus de dix ans pour rapatrier ces échantillons "frais" de Mars. Perseverance, lancé par la NASA depuis Cap Canaveral (Floride) entre le 17 juillet et le 5 août 2020 via une fusée Atlas V, mettra sept mois pour atteindre sa destination.
« Je suis optimiste quant à la possibilité qu'il y ait eu de la vie sur Mars. » Katie Stack, JPL/NASA
Ce n'est pas la seule mission : la Chine et les Émirats arabes unis lanceront aussi des sondes inhabitées vers Mars. « C'est super excitant », déclare Jim Bell, chercheur planétaire à l'Arizona State University.
Mars, avec un diamètre de 6 779 km, est plus petite que la Terre. Sa faible gravité lui a valu une atmosphère ténue (pression 100 fois inférieure à la nôtre) et des températures moyennes de -50 °C. Pourtant, depuis 150 ans, elle fascine comme potentiel berceau de vie microbienne, capable de survivre dans des conditions extrêmes sur Terre.
Mariner 4 (1964) offrit les premières images décevantes ; Mariner 9 (années 1970) révéla volcans géants, canyons et traces d'eau passée. Les Viking (1976) ne trouvèrent pas de vie, mais Spirit, Opportunity et Curiosity confirmèrent un climat ancien plus clément avec mers et océans.
« Chaque rover a trouvé des indices de conditions habitables passées », note Katie Stack, scientifique adjointe de Perseverance au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA. « Je suis optimiste sur la vie passée sur Mars. »
« C'est comme faire du travail géologique sur le terrain avec des tireurs d'élite autour de vous. » Jim Bell, Arizona State University
Équipé d'instruments de pointe (voir encadré), Perseverance étudiera géochimie, minéralogie et molécules organiques – méthodes identiques à celles pour les fossiles terrestres. Plus lourd (1 050 kg) et avancé que Curiosity, il atterrit via bouclier thermique, parachutes et "sky crane".
Perseverance embarque caméras, hélicoptère Ingenuity, microphones, générateur nucléaire, bras robotique et instruments : Mastcam-Z (zoom stéréo), SuperCam (lasers/spectromètres), SHERLOC (molécules organiques), PIXL (fluorescence X), RIMFAX (radar sous-sol), MEDA (météo), MOXIE (production d'oxygène).

Jim Bell, responsable de Mastcam-Z, promet des images distinguant une mouche à 100 m, pour modéliser en 3D le cratère Jezero (50 km), site idéal avec son delta asséché.
Perseverance collectera ~40 échantillons scellés en titane, à rapatrier via mission future (ESA/NASA d'ici ~10 ans). « Ces échantillons pourraient révolutionner notre compréhension de Mars et de la vie extraterrestre », espère Stack.
Ingenuity (1,8 kg), cube solaire à double rotor, testera des vols courts (1,5 min, 5 m) sur 30 jours, ouvrant la voie aux drones martiens.

Les Émirats lanceront Hope (Al-Amal) mi-juillet 2020 (H-IIA japonaise) pour étudier atmosphère et climat en orbite – première arabe interplanétaire.
« Les échantillons pourraient mener à des découvertes révolutionnaires sur Mars et la vie extraterrestre. » Katie Stack
Tianwen-1 (Chine, 5 t, Longue Marche 5) orbitera en février 2021, puis atterrira avec rover – seconde nation à réussir après les USA.
Les lancements coïncident avec la fenêtre bisannuelle (26 mois). ExoMars (Rosalind Franklin, ESA/Russie) est retardé à 2022 pour parachutes et COVID.
Rosalind Franklin (300 kg) fore jusqu'à 2 m pour analyser vie passée. Problèmes parachutes résolus ; nouveau lancement 2022.
Malgré COVID, les trois missions démarrent. « Ces recherches préparent rovers futurs et humains sur Mars », conclut Bell.
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