Début mai, la NASA a publié de nouvelles images spectaculaires de la plus grande tempête du Système solaire : la Grande Tache Rouge sur Jupiter. Le chroniqueur scientifique Govert Schilling révèle comment sa véritable nature a été progressivement dévoilée au fil de l'histoire.
Photo : Gros plan de la Grande Tache Rouge sur Jupiter, capturée en juillet 2017 par la sonde américaine Juno. (NASA)
Les astronomes ont combiné les données de la sonde Juno avec des images du télescope Gemini North à Hawaï et du télescope spatial Hubble. Ils ont ainsi découvert que les décharges de foudre sur Jupiter, comme sur Terre, se produisent dans d'immenses « nuages de tonnerre » d'air chaud ascendant.
La planète géante Jupiter a brillé comme l'« étoile » la plus éclatante du ciel nocturne ces dernières semaines. Un télescope est toutefois nécessaire pour observer la Grande Tache Rouge. Les premières observations remontent à 1664 et 1665, par le scientifique anglais Robert Hooke et l'astronome italo-français Giovanni Cassini, bien que l'identité exacte de la tache à l'époque reste incertaine.
En 1711, le peintre rococo italien Donato Creti l'a immortalisée dans une série de paysages astronomiques offerts au pape Clément XI. Ce panneau, conservé au Vatican, est la plus ancienne représentation connue montrant sa couleur rouge-orange caractéristique.
La tempête fait peut-être rage depuis 356 ans
Curieusement, aucune observation n'a subsisté entre 1713 et 1830 ; la tache avait peut-être disparu. Depuis, la Grande Tache Rouge actuelle est étudiée sans relâche. Sa nature exacte reste débattue : en 1968, le physicien britannique Raymond Hide évoquait encore dans Scientific American une possible perturbation au-dessus d'un sommet jovien.

Images récentes de la Grande Tache Rouge à différentes longueurs d'onde, par le télescope Gemini Nord et Hubble. (NASA/ESA/M.H. Wong (UC Berkeley) et al.)
Il est désormais établi que Jupiter n'a pas de surface solide. La Grande Tache Rouge est un anticyclone dans son atmosphère épaisse, à 20° de latitude sud. Elle tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre tous les six jours, avec des vents jusqu'à 430 km/h. Plus grande que la Terre, elle s'élève de 8 km au-dessus des nuages environnants. Sa teinte rouge-orangée, variant du vif à l'orange saumoné, résulte probablement de l'action des ultraviolets sur des molécules complexes atmosphériques.
L'exploration spatiale débute en 1974 avec Pioneer 10. Depuis l'été 2016, Juno, en orbite autour de Jupiter, surveille la tache de près. Elle a révélé une profondeur d'au moins 300 km et des ouvertures nuageuses sombres offrant un aperçu des couches inférieures.
Les études récentes sur les éclairs dans cette mégatempête améliorent notre compréhension des phénomènes météorologiques joviens, et potentiellement des exoplanètes de type jupitérien. Un mystère persiste : sa longévité. Depuis le début du siècle, elle rétrécit et semble s'apaiser aux bords. Dans quelques décennies, Jupiter pourrait redevenir « sans tache ».