Le 6 août à 7h31, le rover Curiosity de la NASA entamait sa première exploration directe à la recherche d'environnements habitables sur Mars. Un atterrissage réussi qui a marqué l'histoire.

Le 6 août à 7h31, le rover Curiosity de la NASA débutait sa quête d'environnements habitables sur Mars.
Toute science commence par l'exploration, à la manière de Star Trek : aller là où personne n'est allé et découvrir l'inconnu. Puis, comme Sherlock Holmes, les chercheurs formulent des hypothèses précises et les testent. L'exploration martienne passe aujourd'hui à cette phase avancée. Les satellites ont cartographié la géographie et la composition de la planète, les atterrisseurs ont reconstitué son histoire géologique. Il est temps d'approfondir les analyses.
Les scientifiques de la NASA ont conçu le Mars Science Laboratory, alias Curiosity, en supposant que Mars fut autrefois habitable. Ce rover emporte un laboratoire complet pour tester cette hypothèse et élucider la disparition de son ancien environnement clément. Un milieu habitable requiert eau, énergie et carbone. Les missions passées ont confirmé la présence passée – et occasionnelle actuelle – d'eau liquide, ainsi que des gradients géochimiques sources d'énergie. Mais le carbone utilisable pour la vie manquait.
Comme les atterrisseurs Viking des années 1970, Curiosity intègre un chromatographe en phase gazeuse/spectromètre de masse pour détecter les composés organiques, biologiques ou non. Contrairement aux Vikings, il est mobile et atterrit dans un site prometteur : le cratère Gale. La mission priorise les méthodes de recherche. Sur Terre même, traquer les vestiges biologiques dans les couches profondes reste complexe : l'eau, les oxydants et la température détruisent souvent les organiques.
Les paléontologues ciblent les conditions préservatrices rares, comme la minéralisation précoce par silice, phosphates, argiles, sulfates ou carbonates. Des cartes satellites de ces minéraux guident Curiosity.
De l'orbite à la surface en sept minutes
Curiosity, gros comme une Mini Cooper et pesant une tonne, exige un atterrissage inédit et audacieux.
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La capsule se sépare des propulseurs, éjecte du lest pour devenir une aile guidée. Elle heurte l'atmosphère à 4 000 km/h. Un bouclier thermique absorbe la chaleur. Elle vole horizontalement, corrigée par des propulseurs.
À 10 km d'altitude, un parachute de 21,5 m de diamètre se déploie alors que le rover file encore en supersonique. Le bouclier est largué, le radar s'active. À 2 km, vitesse à 100 m/s : trop rapide pour un atterrissage direct. Le "sac à dos" fusée prend le relais.
À 20 m du sol, Curiosity est suspendu par trois câbles (sky crane) et posé à 0,75 m/s. Il confirme le contact, coupe les liens ; le train de descente s'écrase à 450 m. Premières images une heure après ; analyses dès le deuxième mois.
Cratère Gale
Sélectionné après cinq ans parmi 50 sites, Gale (150 km de diamètre) expose via érosion des matériaux enfouis, lits de rivières et sols aquifères. Mont Sharp, au centre, culmine à 5 km : ses couches sédimentaires racontent l'histoire martienne.
Curiosity gravit la montagne en 6-12 mois. Opportunity n'avait exploré que 15-20 m de strates ; Curiosity ira plus loin, révélant l'évolution climatique. Les sédiments aqueux pourraient abriter des traces de vie passée, éclairant aussi notre Terre primitive.
(Source : Scientific American (NL), n° 4, 2012)
Couverture en direct de l'atterrissage :
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