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Jardinothérapie : Une approche thérapeutique naturelle pour restaurer la santé mentale

Les experts en santé mentale s'accordent sur l'efficacité de la jardinothérapie pour traiter les troubles psychiques. Découvrez comment cette méthode pratique peut booster votre bien-être mental.

«Ce dont tu as besoin, c’est d’air frais et d’exercice. Ça va te remonter le moral.» C’est le conseil récurrent d’un proche parent face à mon anxiété, alors que je m’effondrais dans un fauteuil, immobile. Ce remède semblait archaïque, évoquant les prescriptions d’un médecin d’antan, avant l’ère des anxiolytiques. Pourtant, une sagesse ancestrale y transparaissait peut-être.

Je me souviens de cet après-midi automnal sur les collines de Caledon, en Ontario. Un jeune homme schizophrène chevauche les terres du Peace Ranch, une ferme thérapeutique. L’air embaume les pommes et le foin fraîchement coupé. Un cochon fouille le sol, des citrouilles d’Halloween ornent le mur de brique de la maison du XIXe siècle.

Le cavalier descend de sa jument blanche et s’approche : «Je m’appelle John*, dit-il d’une voix douce, serrant ma main. Ses yeux clairs et ses joues rosies respirent le calme.

«Enchantée. J’ai vu ton nom sur une affiche du jardin.» Chacun des dix résidents, tous atteints de troubles mentaux, cultive sa parcelle. Les récoltes sont cuisinées sur place ou présentées aux foires locales.

«Je ne suis pas un grand jardinier, mais j’aime cuisiner.»

«Oh oui, John est un excellent cuisinier !» confirme Eric Tripp-McKay, directeur du Peace Ranch, grand gaillard ressemblant vaguement à Ray Liotta. John cuisine hebdomadairement et s’occupe des chèvres, chevaux, canards et poulets. Avant d’intégrer cette ferme thérapeutique pionnière d’Amérique du Nord, il a patienté longtemps sur liste d’attente.

Jardinothérapie : Retrouver les valeurs fondamentales qui donnent un sens à la vie

Ni John ni les autres résidents ne ressemblent aux patients isolés des hôpitaux psychiatriques ou aux sans-abri dépsychiatrisés des rues de Toronto.

Sur ces 23 acres, résidents et personnel se fondent dans un quotidien serein : jeans boueux, soins aux animaux, récoltes. «Si vous ne les distinguez pas, c’est que nous réussissons !» rit Christine Pollard, jardinothérapeute de Duncan (C.-B.), formatrice du personnel.

Cette approche pragmatique contraste avec les traitements médicamenteux isolants. Ici, chacun contribue dès l’arrivée, soignant plantes et animaux dépendants d’eux.

«La jardinothérapie garde les pieds sur terre. Dans le chaos mental, le jardin offre refuge et but quotidien : les plantes ont besoin de vous, c’est thérapeutique.» (Christine Pollard)

Richard Louv, dans Last Child in the Woods (2006), cite des études en écopsychologie : contact avec la nature abaisse la tension artérielle et musculaire. Observer la nature procure des bienfaits, adaptés à notre évolution millénaire plutôt qu’aux bureaux fluorescents.

D’autres recherches confirment les vertus de l’exercice physique contre anxiété, stress et dépression. À Peace Ranch, le travail ferme, l’équitation et les randonnées sur la Bruce Trail épuisent sainement le corps.

Jardinothérapie : Une approche pratico-pratique

Un équithérapeute en chapeau de cow-boy observe les chevaux. Eric me guide vers un homme aux cheveux noirs pansant un cheval miniature alezan, curieux et tactile.

«Qu’aimes-tu ici ?» «Les animaux. C’est très tactile.» illustre-t-il de ses doigts.

Un patient de jour épluche des carottes : «L’air de la campagne, ça assomme ! Ouah ! Boum ! Comme un tranquillisant.» Ancien résident (séjour max. 3 ans), il jardine et vend désormais localement.

La jardinothérapie n’est pas nouvelle : Gould Farm (1913, Massachusetts) traite schizophrénie, dépression, bipolarité. Elle s’étend au Vermont, Ohio, Caroline du Nord, Australie (Fountainhead, Queensland) et Colombie-Britannique, où les jardins communautaires explosent face aux coupes budgétaires.

Christine Pollard adapte : évaluation initiale, métaphores (transplanter une plante pour une addiction), proximité progressive pour anxiété sociale. Un patient gagne confiance en travaillant côte à côte.

Mitchell Hewson, pionnier canadien au Homewood Health Centre (Ontario), traite troubles alimentaires, humeur, TSPT, addictions, deuil. De plus en plus d’appels de prisons, hôpitaux : complément holistique non invasif aux médicaments.

Pas de remplacement, mais intégration harmonieuse.

Le soleil se couche. Dans la serre hydroponique hivernale, odeurs de terre. «Nous reproduisons la vie des pionniers.» (Eric Tripp-McKay)

Je rechigne à quitter pour la ville polluée. La terre comme traitement : une révélation.

* Nom changé

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