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L'Europe abandonne le régime méditerranéen : alerte sur l'obésité et l'alimentation occidentale

Les scientifiques saisissent de mieux en mieux les principes d'une alimentation saine, mais les pratiques quotidiennes déçoivent encore.

L Europe abandonne le régime méditerranéen : alerte sur l obésité et l alimentation occidentale

La crise financière divise l'Union européenne, mais à table, les États membres convergent vers des habitudes pas toujours positives.

Vous connaissez ces publicités montrant des aînés dynamiques du Sud de l'Europe, savourant en famille un buffet arrosé d'huile d'olive, gage de santé et de longévité.

Si les tendances persistent, les publicitaires devront trouver d'autres modèles. Les pays méditerranéens délaissent leur régime emblématique pour un modèle occidental riche en sucre, aliments transformés, viande et produits laitiers. En Crète, berceau de ce régime, 35 % des 13-17 ans sont aujourd'hui en surpoids ou obèses.

Le reste de l'Europe s'est 'occidentalisé' depuis les années 1960. L'étude EPIC (projet européen d'enquête prospective sur le cancer et la nutrition) révèle que les régimes en Scandinavie, au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas reposent sur pommes de terre, produits animaux, aliments transformés et sucreries.

Les pays scandinaves augmentent leur consommation de fruits et légumes, mais elle reste inférieure à la moyenne européenne. Selon l'OMS, la moitié des pays européens consomment moins de 400 g de fruits et légumes par jour, comme recommandé.

Apprendre jeune
L Europe abandonne le régime méditerranéen : alerte sur l obésité et l alimentation occidentaleSelon l'Association européenne pour l'étude de l'obésité, 16 à 22 % des enfants de l'UE-25 (hors Roumanie et Bulgarie) sont en surpoids, et 4 à 6 % obèses, soit 12 à 16 millions en surpoids et 3 à 4,5 millions d'obèses âgés de 4 à 18 ans. Ces chiffres augmentent rapidement.
Pour contrer cela, la Finlande et la Suède offrent des déjeuners scolaires gratuits conformes aux recommandations nationales : glucides complets, graisses insaturées, limitation des sucres raffinés et graisses saturées, couvrant un tiers des besoins énergétiques quotidiens. Heli Kuusipalo, du Ministère finlandais des Affaires sociales et de la Santé, précise : « Les écoles proposent légumes supplémentaires, pain de seigle riche en fibres, margarine à l'huile de colza et lait écrémé. Enseignants et parents donnent l'exemple. »
Iris Erlund, de l'Institut national finlandais pour la santé et le bien-être, ajoute : « Le déjeuner scolaire sain et gratuit mérite un Nobel : les habitudes se forgent jeune. » En Flandre, une étude de 2009 (nouvelle en cours) montre des progrès possibles : légumes quotidiens absents dans plus de 4 écoles sur 10, poisson/viande maigre 2 fois/semaine dans 2/3 des écoles, fruits en dessert rares.

Toute cette dérive a un coût : 60 % des adultes et 20 % des écoliers européens en surpoids ou obèses. L'étude Interheart lie 63 % des crises cardiaques en Europe occidentale à l'obésité. Le Fonds mondial de recherche sur le cancer (WCRF) identifie mauvaise alimentation, obésité et sédentarité comme causes majeures de cancers.

Europe du Sud en tête
Les bienfaits du régime méditerranéen ont émergé dans l'étude des Sept Pays d'Ancel Keys (1958), liant mode de vie, alimentation et maladies cardiovasculaires. Les décès cardiovasculaires étaient moindres en Europe du Sud qu'au Nord ou aux États-Unis, attribués au régime méditerranéen : produits végétaux (légumes, fruits, grains entiers, légumineuses, noix), huile d'olive, modération en produits laitiers, volaille, poisson ; peu de viande rouge et transformés.

Des méta-analyses (British Medical Journal) confirment une réduction des risques d'Alzheimer, Parkinson, maladies cardiovasculaires et cancers. La Lyon Heart Study a stoppé précocement un essai pour éthique : régime méditerranéen post-infarctus réduit de 50-70 % les récidives vs régime occidental.

Suivi à 40 ans des Sept Pays : survivants nombreux en Italie et Grèce.
Moins gras, mais plus gros
Riches en fibres et faible densité énergétique, végétaux et grains entiers rassasient sans excès calorique, stabilisent la glycémie (vs glucides rapides favorisant obésité, diabète type 2, cardiovasculaires). Fruits/légumes préviennent hypertension, diabète, cancers.

Poissons gras, noix, huiles végétales : acides gras insaturés cardiaques. Viande rouge, beurre, transformés : saturés/trans nocifs. Le régime méditerranéen, gras mais 'bons gras', prouve que type/qualité des graisses et calories totales priment sur quantité globale – expliquant l'embonpoint américain malgré moins de graisses.
Nouvelle cuisine nordique
Malgré ses atouts, le régime méditerranéen décline. L'Europe du Nord adapte : Nouveau Régime Nordique (NND), sain et durable : plus de plantes, moins de viande, produits locaux (baies antioxydantes, huile de colza riche en oméga-3, choux, seigle/avoine/orge). Iris Erlund conseille : « Porridge d'avoine aux baies, huile de colza pour cuisiner. »

La Finlande, ex-leader des maladies coronariennes (années 1960), a réduit les décès de 75 % chez les 35-64 ans via campagnes anti-tabac et pro-santé (moins beurre/lait entier, plus huiles végétales).
Des nutriments à l'alimentation
Focus passé sur nutriments isolés (suppléments inefficaces) vs aliments entiers (synergie bioactives). Stefaan De Henauw (UGent) note un manque de formation médicale en prévention nutritionnelle.

Malgré 83 % se disant sains mangeurs (sondage EU), les habitudes dérivent. Recherche sur traduction connaissances-pratique urgente. (Source : magazine Eos, n°9, septembre 2012)

À lire aussi : « Trouvez les différences » (sur les triangles alimentaires).

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