Le Centre flamand pour la commercialisation des produits agricoles et de la pêche (VLAM) recourt à la science de façon originale dans ses campagnes, écrit Eos, l'éditeur Dieter De Cleene, aujourd'hui dans De Standaard.

Le VLAM mobilise la science pour soutenir ses promotions laitières et carnées.
Les acteurs du secteur qui en ont les moyens ne se contentent pas de publicités classiques : ils s'appuient sur des arguments scientifiques. C'est le cas du VLAM, qui justifie ses campagnes laitières par des études. Celles-ci ont été critiquées suite à une recherche suédoise montrant que consommer plus de lait n'empêche pas les fractures osseuses plus tard dans la vie. Le slogan "Boire du lait maintenant pour plus tard" du VLAM semble donc discutable.
La brochure Le lait, nutritif par nature, destinée aux nutritionnistes et journalistes, présente le lait comme une potion miracle : os plus solides, tension artérielle réduite, risques moindres de diabète, maladies cardiovasculaires et cancer du côlon, et même idéale comme boisson sportive. Pourquoi ne pas remplacer l'eau du robinet par du lait ?
Cette brochure omet que les études citées sont souvent financées par l'industrie laitière ou réalisées par des experts liés au secteur. Les recherches contradictoires sont ignorées, comme le paradoxe du calcium (ostéoporose plus fréquente dans les pays à forte consommation de lait) ou les positions de l'OMS et d'études remettant en cause le rôle préventif du lait contre l'ostéoporose.
Flexivore
Le VLAM est aussi connu pour sa campagne "Meat from us", vantant la supériorité nutritionnelle de la viande : "Un délicieux morceau de B12" ou "Le fer qui fond sur la langue". La viande est si nutritive qu'on pourrait la troquer contre une salade... mais pas chez le boucher lui-même.
Pourtant, la consommation de viande excède les recommandations, surtout la viande rouge et transformée, augmentant les risques de cancer du côlon selon le Conseil supérieur de la Santé. De nombreuses études plaident pour une modération bénéfique à la santé.
En 2011, le VLAM lance le concept de "flexivore", mangeur quasi exclusif de viande, contrairement au flexitarien. La campagne est un succès pour son image positive de la viande, non pour encourager la modération. Le Conseil supérieur de la Santé appelle à des actions contre la surconsommation de viande rouge.
En 2014, le VLAM investit 5,7 millions d'euros en promotion de viande et produits laitiers (dont la moitié pour bœuf et porc) contre 1,2 million pour fruits et légumes, dont la consommation devrait augmenter.
"Les sodas ne font pas grossir"
D'autres secteurs, comme les brasseurs (symposium "Bière et santé") ou les boissons non alcoolisées ("pas de lien avec l'obésité"), interprètent créativement la science.
Il est légitime de promouvoir ses produits, mais pas sous couvert d'intérêt général public, en concurrence avec des enjeux de santé prioritaires. Cela n'a rien de scientifique.
Cet article d'opinion a paru le 31 octobre 2014 dans De Standaard.
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