Le virus de la grippe se distingue des autres infections comme la varicelle ou la rougeole. Contrairement à ces maladies, les adultes présentent souvent une réponse immunitaire plus faible que les enfants. Comment l'expliquer ?
Les enfants sont fréquemment exposés aux virus et bactéries à l'école, mais leur répertoire d'anticorps est limité par rapport aux adultes qui ont accumulé une immunité au fil des ans. Pour la plupart des infections, être adulte offre donc une meilleure protection.
La grippe fait exception. Des études sur la pandémie de 2009 révèlent que l'immunité à la grippe saisonnière culmine chez les jeunes enfants, diminue chez les adultes d'âge moyen et remonte chez les personnes âgées. Les adultes, exposés tout au long de la vie, affichent une réponse immunitaire réduite, sauf chez les seniors.
Cette observation intrigue les biologistes. Comprendre la grippe est complexe, mais des modèles mathématiques simulant le système immunitaire progressent. Ils analysent comment les expositions passées influencent les réponses futures et comment la protection évolue avec l'âge.
Ces avancées soutiennent l'hypothèse du "péché originel antigénique", formulée il y a plus de 50 ans. Elles expliquent pourquoi le corps priorise les virus de l'enfance, aidant à anticiper les vulnérabilités épidémiques et à optimiser les vaccins futurs.
Traditionnellement, les modèles immunitaires se focalisaient sur des virus stables comme la rougeole, conférant une immunité à vie via des anticorps ciblant des antigènes spécifiques.
Des études montrent une augmentation progressive des anticorps avec l'âge pour la rougeole, liée au risque annuel d'infection. Les modèles mathématiques valident cela sans expériences éthiquement discutables.
Le modèle SIR basique divise la population en sensibles, infectés et immunisés. Dans les années 1980, Roy M. Anderson et Robert M. May ont affiné ces modèles pour la rougeole, intégrant des contacts plus fréquents chez les enfants, reproduisant fidèlement les profils d'immunité par âge.
La grippe complique tout : ses mutations rapides altèrent les antigènes annuellement, rendant les anciens anticorps moins efficaces et nécessitant des vaccins actualisés.
Les données de 2009 montraient une immunité faible chez les adultes d'âge moyen. Les mutations virales et les contacts intenses chez les enfants expliquent un pic précoce, suivi d'un déclin chez les adultes moins exposés, et une remontée chez les aînés vaccinés régulièrement.
_______________________________________________________
Le mécanisme du mystère
L'immunité grippale se forge dans l'enfance, mais décline à l'âge adulte moyen. Le système immunitaire crée un "angle mort" en se focalisant sur des souches anciennes, peinant face aux variants évolués.

_______________________________________________________
Modéliser la grippe exige de tracker les séquences d'expositions à multiples souches. Avec Julia Gog (Université de Cambridge), nous avons simplifié cela en assumant des expositions annuelles indépendantes.
Les premiers modèles surestimaient les co-infections ; corriger pour l'âge a résolu cela. En intégrant contacts sociaux et mutations, le déclin immunitaire observé n'était pas reproduit fidèlement.
Discussions avec Andrea Graham (Princeton) ont introduit cette hypothèse : la première infection grippale "imprime" durablement le système immunitaire, biaisant les réponses futures vers les antigènes initiaux.
Thomas Francis Jr. l'a observé en 1947 : vaccins inefficaces contre une souche proche. Ce biais, dit "péché originel", explique des réponses sub-optimales.
Preuves variées chez humains et animaux ; débats persistent. Études Emory (2008) et Joshy Jacob confirment son rôle via cellules B mémoire, priorisant réponses anciennes rapides.
Intégrant cela, notre modèle reproduit le déclin après 7 ans, attribuant la force juvénile au biais plutôt qu'aux contacts seuls. Chez les aînés, vaccinations ou divergence antigénique expliquent la résurgence.
Le modèle simule épidémies sévères malgré souches proches, dues à angles morts par cohorte d'âge.
Exemple : Liverpool 1951, plus mortelle que 1918 localement. Épidémies UK 1990/2000 similaires. Modèles reproduisent via profils immunitaires géo-spécifiques dictés par séquences historiques.
FluScape (Chine) et analyses (Lessler 2012 ; Icahn School 2013) suggèrent une hiérarchie : réponses décroissantes par ordre d'exposition.
Avec FluScape, nous affinons modèles pour prédire souches vaccinales optimales, démêlant immunité individuelle et populationnelle face aux virus évolutifs.