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Pourquoi il faut continuer à prendre le COVID-19 au sérieux

Les professeurs Geert Molenberghs (UHasselt/KU Leuven), Pierre Van Damme (UAntwerp), Sarah Vercruysse (UHasselt) et Niel Hens (UHasselt/UAntwerp) insistent : nous devons continuer à prendre le virus SARS-CoV-2 au sérieux. Dans cette tribune, ils expliquent pourquoi.

Vous avez peut-être vu circuler sur les réseaux sociaux des messages affirmant que le COVID-19 a été exagéré, provoquant une hystérie mondiale. Certains avancent des arguments extrêmes, comme le fait qu'en Belgique, "seules" 40 personnes de moins de 45 ans en sont décédées, et 500 de 45-65 ans, sans hausse de mortalité chez les moins de 65 ans. D'où la proposition de protéger les aînés en isolant les jeunes pour relancer l'économie.

Cela semble séduisant, mais est-ce vrai ?

Beaucoup d'infections sont asymptomatiques ou légères. Pourtant, un patient sur cinq développe des symptômes graves nécessitant une hospitalisation, dont une part en soins intensifs. La mortalité varie de 0,5 % à 1,5 % selon les pays.

La première vague (mars-juin 2020) a causé environ 10 000 décès en Belgique, touchant durement les seniors. Chez les hommes de plus de 85 ans, le taux de létalité était de 13 % ; chez les femmes, 11 %. Soit un homme sur huit et une femme sur neuf infectés décédés.

Les enfants s'en sortent relativement bien : faible taux d'infection, décès rarissimes. Les adolescents et jeunes adultes sont plus contagieux, mais la plupart guérissent. Cependant, une proportion significative fait des formes graves, avec hospitalisations prolongées en réanimation.

De plus, même les infections légères ou modérées entraînent des lésions pulmonaires et cardiaques graves : tissus cicatriciels au cœur provoquant arythmies et risques d'infarctus, même chez les jeunes. Des atteintes cérébrales émergent aussi. Ces séquelles s'aggravent avec l'âge.

La période d'incubation d'environ une semaine complique les choses : les contagieux le sont souvent 4 jours avant les symptômes. Les super-propagateurs accentuent les risques, phénomène de plus en plus documenté.

L'immunité reste mal comprise : anticorps décelables puis déclinants ; rôle possible des cellules T. Durée et solidité de la protection ? Inconnues pour l'instant.

Pour une vie quasi normale, agissons à plusieurs niveaux :

  • Respecter distanciation sociale et hygiène.
  • Modérer les contacts sociaux.
  • Mettre en place traçage des contacts et surveillance des clusters.
  • Développer antiviraux efficaces.
  • Accélérer les vaccins, dont l'évaluation sécurité/efficacité prend du temps.
  • Sans mesures, 50 000 à 250 000 morts en Belgique, comme la grippe espagnole. Avril 2020 fut le plus meurtrier depuis 1945.
  • Prévenir une seconde vague plus grave en aplatissant la courbe, comme en Nouvelle-Zélande ou Finlande.

Prenez le COVID-19 au sérieux : respectez les mesures pour vous et vos proches, en attendant le vaccin. Notre comportement et la science sont nos meilleurs atouts.

Geert Molenberghs (UHasselt/KU Leuven), Pierre Van Damme (UAntwerp), Sarah Vercruysse (UHasselt), Niel Hens (UHasselt/UAntwerp)

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