Toute personne présentant des symptômes graves ne doit pas hésiter à consulter un médecin par peur du COVID-19. Un retard peut compromettre un diagnostic urgent et mettre une vie en danger.
Les données du registre néerlandais du cancer indiquent une baisse d'environ 25 % des nouveaux diagnostics ces dernières semaines aux Pays-Bas. « La situation est similaire en Belgique », affirme Ann Gils de Kom op tegen Kanker, en l'absence de chiffres officiels précis. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène : reports d'examens par les médecins, suspensions des dépistages populationnels pour les cancers du sein, colorectal et du col de l'utérus. « Les patients diffèrent aussi leurs visites par crainte de l'hôpital, retardant ainsi des diagnostics essentiels », ajoute-t-elle. (Voir aussi : 'Debout contre le cancer appelle à ne pas différer le contact avec le médecin par téléphone'.)
« Nos programmes oncologiques se poursuivent, mais une baisse temporaire des nouveaux diagnostics est probable en Belgique », confirme le Dr Gert Van Assche, médecin-chef à l'UZ Leuven. « Les projections ont été reprogrammées, réduisant leur fréquence en mars et avril. Cela pourrait entraîner une chute des diagnostics pour les cancers du sein, du côlon et de la prostate, suivie d'un pic en mai-juin. Le pronostic n'est pas nécessairement altéré pour autant. »
« Nous observons moins d'afflux aux urgences pour des pathologies non-COVID-19 », explique le Dr Tania Desmet, urgentiste à l'UZ Gent. « Les troubles respiratoires dominent actuellement, les autres cas sont rares. »
Selon elle et ses collègues, deux raisons principales : « Les patients évitent les urgences pour ne pas les surcharger, comme recommandé par les médias. Ils craignent aussi la contagion ou les scènes alarmantes. De nombreux appels confirment ces hésitations, même pour des urgences vitales. »
« Le risque d'infection est minime : nous séparons strictement les patients respiratoires des autres. » Dr Tania Desmet, urgentiste (UZ Gent)
« Les signaux d'alarme doivent inciter à consulter sans délai nos urgences ou services spécialisés », insiste le Dr Desmet. « La séparation est rigoureuse, plus stricte qu'au supermarché. Nous voyons déjà des arrivées tardives pour infarctus, AVC ou abdomen aigu (troubles graves abdominaux : perforation, infection, etc.). Nous redoutons une hausse. Les patients chroniques sont aussi moins suivis, malgré des risques constants. »
Le Dr Desmet anticipe une « seconde vague non-COVID », évitable par une intervention précoce. « Nos urgences sont adaptées aux pics d'afflux. Soigner reste notre mission, COVID ou non. »
Le Pr Stijn Verhulst, pédiatre à l'UZA, suit les enfants chroniques et note une forte baisse des consultations. « Annulations non urgentes et moindre exposition aux infections à domicile expliquent partiellement cela. Mais parents et patients hésitent à nous contacter par peur de l'hôpital. »
« Contacts téléphoniques et e-mails révèlent des craintes d'infection ou de séparation, malgré nos circuits séparés et précautions. »
« En cas de suspicion grave, nous insistons pour une venue immédiate. » Pr Stijn Verhulst, pédiatre (UZA)
Le Pr Verhulst urge les parents : « Contactez votre pédiatre pour tout symptôme inquiétant. Une évaluation téléphonique préalable guide la décision. Un retard peut aggraver une pneumonie ou méningite en urgence vitale. »
Marc Peeters, chef d'oncologie à l'UZA, coordinateur du centre multidisciplinaire d'Anvers et président du Collège fédéral d'oncologie, souligne : « Hôpitaux et médecins ont réorganisé les soins oncologiques et hématologiques. Mais les patients restent le principal frein. »
« Médecins généralistes et hôpitaux accueillent sécuritairement tous les patients, COVID ou non », ajoute le virologue Steven Van Gucht de Sciensano. « Le suivi des maladies chroniques est crucial. »
[]