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Remises sur aliments sains : une mesure plus efficace que la taxe sur les produits malsains

Le spécialiste néerlandais de la santé Jaap Seidell, professeur à l’Université VU d’Amsterdam, et le médecin belge Luc Bonneux expriment de sérieuses réserves sur la taxe sur le sucre.

La taxe sur le sucre : pour certains, une intervention bienveillante du gouvernement visant à améliorer la santé publique ; pour d’autres, un simple moyen de renflouer les caisses de l’État. Lundi soir, Jaap Seidell et Luc Bonneux ont débattu de la question lors de la soirée-débat d’Eos « Grey Cells » au Handelsbeurs de Gand.

Le gouvernement doit-il intervenir pour protéger la santé de ses citoyens ? Et si oui, comment ? Pour Seidell, une taxe sur les boissons sucrées est un minimum indispensable. « Une taxe d’un centime par canette est bien trop faible et n’influencera pas les habitudes de consommation. »

Expert en « élasticité-prix » – l’impact d’une variation de prix sur la popularité d’un produit –, Seidell affirme : « Nos études montrent qu’il faut augmenter le prix des boissons sucrées d’au moins 25 % pour observer un réel effet. »

La santé doit être moins chère

Mais il faut aussi rendre les options saines plus abordables. « L’eau coûte désormais autant que les sodas dans les distributeurs : environ 2 euros. Si l’eau passe à 1,50 euro et la boisson gazeuse à 2,50 euros, certains enfants opteront pour l’eau. » Seidell propose d’utiliser les recettes de la taxe pour financer des mesures de promotion de la santé.

Seidell et Bonneux insistent sur le rôle clé des écoles : éducation nutritionnelle, promotion de l’activité physique et accès gratuit à l’eau. « Si eau et cola coûtent le même prix à l’école, les enfants choisiront le cola », note Seidell. Bonneux ajoute : « Chaque école devrait avoir une fontaine à eau gratuite. »

Portions plus petites

Outre les prix, réguler les tailles de portions est essentiel. « J’avoue une addiction aux chips de poivrons », confie Bonneux. « J’achète des petits sachets, disponibles en Belgique mais pas aux Pays-Bas. L’État devrait interdire les portions géantes. »

Dans les cinémas, les seaux de pop-corn varient de « grand » à « extra-large ». « Les gens choisissent souvent la taille moyenne ; en la réduisant, on réduit les portions sans frustration », explique Seidell, appuyé par des recherches.

Mieux encore : faire du choix sain la norme par défaut (paternalisme libertarien). « Sur les autoroutes néerlandaise et belge, aucune option saine aux stations-service », regrette Seidell.

Trop bon marché

Les aliments malsains sont omniprésents et trop bon marché. Un économiste a calculé le coût réel d’un hamburger (eau, terres, climat, santé...) : 150 dollars, contre 4 dollars pour un Big Mac.

Les étiquettes nutritionnelles sont obligatoires, mais complexes à interpréter pour les moins instruits – ceux qui souffrent le plus d’obésité. « L’espérance de vie est inférieure de 5 ans dans les quartiers défavorisés ; en bonne santé, de 15 ans », souligne Seidell.

Interdire alors ?

Interdire totalement ? « Difficile : où tracer la ligne ? Jus de fruits et sirops sont aussi problématiques. Il y a des nuances », tempère Seidell.

Bonneux rejette les extrêmes : « Les enfants peuvent boire des sodas s’ils sont actifs. Une taxe sur les écrans ? Pourquoi pas ! »

Responsabilité individuelle

Certains prônent que les obèses paient leurs soins eux-mêmes ; un tiers des médecins néerlandais y sont favorables. Mais Seidell et Bonneux s’y opposent : « La médecine repose sur la compassion. La santé dépend de l’environnement et du hasard. Punir les individus creuse les inégalités », argue Seidell, critiquant les visions élitistes à la David Cameron.


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