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Implants auditifs : une protection efficace contre la démence chez les seniors

La capacité cognitive des personnes âgées équipées d'aides auditives se dégrade moins rapidement que celle des non-équipés.

Imaginez-vous à une fête, avec de la musique en fond sonore. Vous discutez avec des amis, mais vous avez du mal à suivre la conversation au milieu du brouhaha. Si cela vous parle, vous pourriez faire partie du nombre croissant de personnes souffrant de perte auditive.

La perte auditive augmente le risque de démence

Selon une étude récente publiée dans The Lancet, 6,8 % de la population mondiale est touchée par des troubles auditifs, un chiffre en hausse dû au vieillissement démographique et à l'exposition au bruit. Les infections de l'oreille moyenne, souvent liées à des rhumes, en sont aussi une cause fréquente.

La déficience auditive figure désormais au quatrième rang des causes de handicap. Ses conséquences sont lourdes : chez les enfants de moins de deux ans, elle entrave le développement du langage. « Notre cerveau se forme sur la base des signaux entrants », explique le Pr Paul Van de Heyning, chef du service ORL à l'hôpital universitaire d'Anvers (UZ Anvers). « Sans stimuli auditifs suffisants les deux premières années, les zones cérébrales dédiées au langage se réorientent vers la vision. Au-delà de deux ans, il est trop tard pour une activation optimale. »

Chez l'adulte, la perte auditive provoque un isolement social et altère la qualité de vie. Des études récentes indiquent que le risque de démence est multiplié par 2 à 5 chez les plus de 60 ans, selon la gravité (légère, modérée ou sévère). « Le vieillissement affaiblit naturellement la cognition, mais une audition défaillante prive le cerveau de stimuli, accélérant la dégradation jusqu'à 24 % », ajoute le Pr Van de Heyning.

Chambre noire

Des recherches confirment que même une perte auditive légère impacte la cognition. Bonne nouvelle : les seniors avec appareils auditifs préservent mieux leurs fonctions cognitives. Certains travaux montrent même une réversibilité partielle. L'audiologiste Annes Claes (UZ Anvers) a étudié les implants cochléaires chez des malentendants sévères âgés. « Après implantation chez des patients à cognition déjà altérée, l'audition s'est normalisée en six mois, et la cognition s'est améliorée en un an. »

En Flandre, 98 % des nouveau-nés bénéficient d'un dépistage auditif unique au monde

Malgré cela, on déconseille souvent aux seniors les aides auditives trop tôt. « Mauvais conseil », tranche le Dr Vincent Van Rompaey (UZ Anvers). « Beaucoup attendent, craignant une dépendance. En réalité, c'est une adaptation cérébrale temporaire, comme l'obscurité après le soleil. »

Revenons à la fête : le problème vient souvent de la perte de cellules ciliées dans la cochlée, terminal auditif reliant l'oreille au cerveau. Chacune des 16 000 cellules gère une fréquence sonore spécifique. Elles se détruisent avec l'âge ou le bruit, sans régénération spontanée.

Les aides auditives traditionnelles compensent cela en amplifiant les sons, sans risque pour les cellules restantes si bien réglées (sous 80 dB).

Personnalisé

Si le blocage est en amont de la cochlée, un implant s'impose. L'implant cochléaire, le plus performant, convertit les sons en impulsions électriques stimulant directement le nerf auditif. « Il ne restaure pas tout, mais équivaut à une perte modérée », précise le Pr Van de Heyning. Chez les enfants sourds de naissance, posé avant un an, il permet un développement linguistique normal.

Le dépistage néonatal ALGO en Flandre (98 % de couverture depuis 1999) est pionnier mondial. Les traitements sont désormais sur mesure : mesure précise de la cochlée pour une électrode optimale, préservant cellules résiduelles et équilibre.

Les deux oreilles

Les indications s'élargissent : pertes sévères unilatérales, hybrides (implant + aide), acouphènes (40 % des cas). Bientôt, implants totalement internes (micro et batterie sous peau) pour discrétion.

Autres avancées : électrodes médicamenteuses (cortisone, neurotrophines), implantation robotisée, thérapie génique contre DFNA9.


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