Comment ajuster précisément un implant cochléaire chez un bébé sourd ou une personne atteinte de démence ? Ces patients ne peuvent pas verbaliser leur perception sonore. Grâce à des avancées technologiques innovantes, l'implant peut désormais évaluer lui-même l'audition en analysant les ondes cérébrales en réponse à des stimuli sonores.
En Belgique, plusieurs centaines de personnes sourdes ou malentendantes bénéficient chaque année d'un implant cochléaire. Lors de l'intervention chirurgicale, des électrodes minuscules sont insérées dans la cochlée, partie essentielle de l'oreille interne. Post-opératoire, un audiologiste ajuste l'appareil en s'appuyant sur les retours subjectifs de l'utilisateur. Ce processus, long et exigeant, pose problème pour les jeunes enfants, les personnes en situation de handicap mental ou les seniors déments. De plus, les réglages doivent être révisés régulièrement, car la perte auditive et les préférences évoluent.
Un audiologiste évalue souvent l'audition via le jugement subjectif des sons. Ce processus est particulièrement chronophage chez les jeunes enfants.
Imaginez ajuster les implants cochléaires de manière plus efficace, sans nécessiter de réponses verbales. Durant ma thèse de doctorat, nous avons développé une solution : utiliser les ondes cérébrales. Le cerveau génère des signaux électriques lors du traitement sonore, dont les caractéristiques varient selon la qualité de l'audition. Par exemple, lors de l'écoute d'un discours, une onde cérébrale suit le rythme des syllabes et mots. Si le son est moins intelligible, ces fluctuations diminuent en amplitude et en fréquence.
Dans notre cerveau, entendre et comprendre un locuteur font une différence mondiale
Les ondes cérébrales permettent ainsi d'estimer objectivement l'audition et de vérifier les réglages des implants. Elles distinguent perception sonore et compréhension. Pour la première fois, nous avons démontré la présence de ces ondes reproductrices de la parole chez les utilisateurs d'implants cochléaires.
En analysant des ondes cérébrales spécifiques, nous évaluons le traitement sonore de la parole, même chez les bébés.
La mesure des ondes cérébrales reste peu pratique : elle nécessite un équipement hospitalier coûteux avec câbles et capteurs. Bien que bénéfique pour les enfants ou patients communicativement limités, elle est inadaptée au grand public. Utiliser les électrodes de l'implant pour mesurer les ondes cérébrales représente une percée majeure
Pour élargir l'application, nous avons innové : les électrodes cochléaires, inactives par intermittence, captent l'activité cérébrale lors de leurs "temps libres". Ainsi, plus besoin d'équipements externes, rendant la méthode accessible à tous les porteurs d'implants.
Les électrodes cochléaires (à gauche) mesurent aussi les ondes cérébrales. La partie externe (à droite) abrite un micro-ordinateur stockant les paramètres.
En combinant ces technologies, les implants mesurent l'audition en vie réelle – à l'école, chez soi ou en famille – sans visites fréquentes à l'hôpital. L'audiologiste ajuste à distance via les données collectées.
Évaluer l'audition en contextes réalistes, comme à l'école ou en réunion familiale, est un atout majeur
À terme, des implants intelligents s'auto-ajusteront via ondes cérébrales et IA, comme une voiture autonome. Nous avons posé les bases du "mesurer et savoir". Le défi restant : une IA sécurisée pour les décisions. La sécurité prime.
Il faudra peut-être dix ans pour les premiers implants autoguidés. J'anticipe un avenir où chaque malentendant entendra optimalement, avec réglages automatiques et personnalisés.
Ben Somers, nominés pour la Flemish PhD Cup. Découvrez ses recherches sur www.phdcup.be.