La qualité de l'air en Flandre atteint des niveaux exceptionnels ces jours-ci, grâce à la forte réduction du trafic automobile et à des conditions météorologiques favorables. Ce phénomène pourrait renforcer notre résilience face au nouveau coronavirus et améliorer notre santé globale.
En heure de pointe, un jour de semaine normal, la Flandre – et particulièrement le triangle Gand-Anvers-Bruxelles – est généralement marquée en rouge sur l'application BelAir du Vlaamse MilieuMaatschappij (VMM). Aujourd'hui, seules les couleurs verte et bleue dominent, indiquant les meilleures qualités d'air. Les mesures anti-coronavirus ont drastiquement réduit le nombre de véhicules sur les routes. « Cela entraîne une baisse significative des émissions », explique Frans Fierens, expert au VMM et à la Cellule interrégionale pour l'environnement (IRCEL). La météo joue également un rôle clé : un air sec et pur provenant de Scandinavie balaie actuellement la région. Fin de semaine dernière, la pollution était encore plus élevée malgré une circulation déjà allégée, soulignant l'impact météorologique.

À gauche : concentrations de dioxyde d'azote (NO2) dans le tunnel bruxellois Léopold II, principalement influencées par le trafic, les embouteillages et la ventilation – peu par la météo. À droite : NO2 au carrefour Kunst-Wet à Bruxelles, très fréquenté en temps normal. Dans le tunnel, les niveaux sont similaires dès jeudi après-midi. À Kunst-Wet (extérieur), ils diffèrent fortement : jeudi comparable à un jour ouvrable malgré moins de trafic ; vendredi, bien en dessous d'un week-end moyen, grâce au vent et à la pluie.
La circulation automobile n'est pas la seule source de pollution : fret, industrie et agriculture contribuent aussi. « Les épandages de fumier libèrent de l'ammoniac, formant des particules fines », note Fierens. Le télétravail augmente les émissions de chauffage domestique. Les mesures corona ont un impact certain, « mais son ampleur reste à quantifier », précise-t-il.
Cette bonne nouvelle pour la santé est bienvenue. Un air pur réduit les risques de crises cardiaques et maladies respiratoires, alors que la mortalité corona grimpe. « Les jours pollués voient augmenter la mortalité », affirme Tim Nawrot, professeur à l'Université de Hasselt. En Belgique, 5 % des infarctus sont liés à la pollution. Elle aggrave aussi asthme et mucoviscidose chez les vulnérables.
Les urgences hospitalières enregistrent moins de cas non-corona, dû à la peur du Covid mais aussi potentiellement à un air plus sain et à la suppression du stress des trajets. « L'effet nécessitera des mois pour être visible, pas des semaines », tempère Nawrot.
Un précédent existe : lors des JO d'Atlanta 1996, l'interdiction des voitures a fait chuter les crises d'asthme. Cette période corona offre une « expérience naturelle » pour étudier les bénéfices d'un air purifié.
Les effets sur les performances cognitives des enfants ou le développement fœtal sont plus durs à mesurer. Nawrot surveille les femmes enceintes : pollution liée à dommages ADN et télomères courts (horloge biologique cellulaire influençant l'espérance de vie).
Pour les patients corona, un air pur pourrait raccourcir la durée de ventilation. Une étude UHasselt-UAnvers montre que pollution pré-admission prolonge la ventilation via inflammation pulmonaire. « Meilleur air = meilleur pronostic, mais reste hypothétique », conclut Nawrot.
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