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Report des traitements contre le cancer : risques accrus de mortalité confirmés par l'étude

Alors que le nombre de patients Covid-19 augmente, les hôpitaux doivent réserver des lits pour eux, entraînant le report de certains traitements, y compris contre le cancer. Mais est-ce sans conséquences ?

Pendant la pandémie de Covid-19, de nombreux pays ont différé les soins oncologiques pour mobiliser des ressources. Les experts s'accordent : ces retards impactent négativement les patients.

L'impact exact sur la mortalité restait méconnu jusqu'ici. Des chercheurs canadiens et britanniques, menés par Timothy Hanna de l'Université Queen's à Kingston, ont analysé 34 études (2000-2020) sur plus de 1,2 million de patients. Celles-ci portaient sur sept cancers courants (vessie, sein, côlon, rectum, poumon, col de l'utérus, tête et cou), représentant 44 % des cas mondiaux. Les délais mesurés concernaient diagnostic-premier traitement ou fin-début de traitements successifs, incluant chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie.

Résultats : un retard d'un mois augmente le risque de décès de 6 à 13 %. Ce risque croît linéairement. Pour un délai de quatre semaines, il s'élève à 6-8 % pour la chirurgie ; plus pour certains cancers (9 % pour radiothérapie tête/cou, 13 % pour chimiothérapie colorectale). Exemple : report chirurgical du cancer du sein de 8-12 semaines accroît le risque de 17-26 %.

Et en Belgique ?

Selon le Pr Marc Peeters, coordinateur du Centre oncologique multidisciplinaire d'Anvers (UZA), la pression s'intensifie, surtout sur la chirurgie. « De nombreux lits de soins intensifs sont réservés aux patients Covid, reportant les interventions oncologiques, parfois longtemps. Pour radiothérapie et chimiothérapie, nous maintenons la continuité autant que possible, comme dans la plupart des hôpitaux. »

Si l'épidémie s'aggrave ? « Rien n'est prévisible », dit-il. « Lors du premier pic, c'était imposé par le gouvernement ; maintenant, le virus décide. Nous espérons maintenir le cap, mais cela dépendra du soutien aux patients Covid et des absences de personnel. Évaluation au jour le jour. »

« Il est logique et inévitable que le retard ait un impact sur le pronostic de la plupart des types de cancer. » Pr Marc Peeters

Conséquences d'un retard ? « Pour l'instant, spéculations basées sur modèles », note Peeters. « Notre rigueur habituelle dans le diagnostic et traitement rapide montre que tout délai, y compris dû au Covid, affectera le pronostic. »

Considérations sur l'étude

Pour l'oncologue gastro-intestinal Jeroen Dekervel (UZ Leuven), si des lits doivent être libérés, distinguer : traitements nécessitant hospitalisation (chirurgie) vs. ambulatoires (chimiothérapie, radiothérapie, imagerie). « Les seconds continuent sans interruption. Pour les premiers, reports courts ciblés, incluant résections tumorales. »

Impact sur pronostic ? « Nous optimisons par patient sans compromettre la qualité », explique-t-il. « Pour certains cancers (ex. œsophage), un délai de 6-12 semaines post-radiothérapie est tolérable. Pour d'autres (pancréas), croissance rapide : aucun report, ou adaptation (chimiothérapie pré-opératoire, pratique standard ailleurs). »

Réserves sur l'étude : « Logique que retards aggravent, mais analyse rétrospective. Association décès-retard ne prouve pas causalité. Exemple : patients agressifs retardés par état général fragile, risquant plus la mort indépendamment du délai. »

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