Une équipe de recherche internationale a examiné si certaines bactéries utilisées dans les probiotiques pourraient contribuer au développement du cancer colorectal. Les probiotiques sont des aliments ou compléments contenant des bactéries vivantes destinées à améliorer la santé intestinale en rééquilibrant la flore microbienne.
Il est établi depuis longtemps que certaines bactéries favorisent l'apparition de cancers, comme Salmonella pour le cancer de la vessie ou Helicobacter pylori pour celui de l'estomac. Les probiotiques, présentés comme des « bonnes bactéries », pourraient-ils eux aussi jouer un rôle dans le cancer du côlon ?
Pour répondre à cette question, les chercheurs ont exposé des organoïdes intestinaux humains – des modèles de tissus intestinaux cultivés en laboratoire – à une souche spécifique d'Escherichia coli (E. coli), bactérie ubiquitaire dans le côlon des mammifères, impliquée dans la digestion.
Ils ont découvert que la souche E. coli Nissle 1917 produit de la colibactine, un génotoxique qui endommage l'ADN des cellules intestinales. Ces altérations génétiques ressemblent à celles observées chez 6 à 15 % des patients atteints de cancer colorectal.
Cette étude démontre pour la première fois un lien direct entre cette souche et des mécanismes précancéreux. Vendue en ligne comme probiotique pour soulager la diarrhée infantile, elle mérite une vigilance accrue.
Les auteurs préconisent l'éradication potentielle de cette souche pour réduire les risques futurs de cancer colorectal. Ils appellent aussi à une évaluation critique des effets à long terme des probiotiques avant leur mise sur le marché, ce qui n'est pas systématique aujourd'hui.
Cette recherche, menée in vitro sur des cellules humaines, ne prouve pas un lien causal direct chez l'humain ni que cette bactérie cause 10 % des cancers colorectaux.
Malgré ces limites, plus de 50 experts internationaux ont validé l'étude, publiée en 2020 dans la prestigieuse revue Nature, soumise à des critères rigoureux de peer-review.
Elle n'accuse pas les probiotiques d'être cancérogènes, mais souligne la nécessité d'études à long terme sur leur impact santé. La plupart des recherches actuelles se concentrent sur des bénéfices courts termes, comme le traitement de la diarrhée ou des troubles digestifs.
Des travaux antérieurs n'ont pas démontré d'effet des probiotiques sur la flore d'adultes sains et questionnent leur sécurité chez certains groupes vulnérables.
La science sur les probiotiques progresse lentement, tandis que leur commercialisation explose.
Une étude en laboratoire révèle que la souche E. coli Nissle 1917, présente naturellement dans l'intestin et commercialisée comme probiotique, produit un agent génotoxique potentiellement impliqué dans le cancer colorectal. Bien que non concluant, ce résultat justifie des recherches approfondies sur les effets à long terme des probiotiques.