À Zwijndrecht, les sols sont contaminés par du PFOS, provoquant une vive émotion. Le PFOS, ou acide perfluorooctane sulfonique, appartient à la famille des PFAS (substances poly- et perfluoroalkylées). Ce groupe regroupe plus de 6 000 composés hydrophobes et oléophobes, formés de chaînes fluorocarbonées. Ils sont utilisés dans les mousses anti-incendie, les emballages alimentaires, les poêles antiadhésives au Téflon, les vêtements imperméables et les aérosols. Difficiles à dégrader, ils persistent longtemps dans l'environnement, d'où leur surnom de « produits chimiques éternels ».
Les PFAS sont liés à de nombreux effets sanitaires. « Cela varie selon les substances », explique Jacob de Boer, professeur de chimie environnementale et de toxicologie à l’Université VU d’Amsterdam, qui étudie ces composés depuis 20 ans. « La plus étudiée, le PFOA – libéré lors de la production de Téflon –, augmente les risques de cancer du rein et des testicules, de maladies hépatiques et d’hypercholestérolémie. »
Le Centre flamand pour l’environnement et la santé évoque aussi des impacts sur la croissance, l’apprentissage, les hormones et le système immunitaire. « Sur cette base, l’EFSA a abaissé ses normes d’exposition l’an dernier », ajoute De Boer. « Une exposition élevée chez les enfants réduit l’efficacité des vaccins, et chez les adultes, affaiblit l’immunité à long terme. C’est crucial en période pandémique. Les normes antérieures, basées sur le cholestérol et le cancer, étaient bien plus élevées. »
« Lorsque les normes sont dépassées, il ne reste pas automatiquement d’effets graves. » Jacob de Boer, professeur de chimie environnementale et de toxicologie (VU Amsterdam)

Une étude flamande (2012-2015) montre que 75 % des adultes dépassaient la valeur HBM-I pour le PFOS (sans effet attendu en deçà), contre 95 % en 2007-2011. Amélioration due à la réduction de production. Des recherches de l’Université d’Anvers révèlent des dépassements dans les œufs près de l’usine 3M à Zwijndrecht et dans les poissons flamands.
À quel point est-ce inquiétant ?
« Les effets sont étudiés chez l’humain (épidémiologie) et l’animal. Les normes intègrent des facteurs de sécurité : ×10 pour l’extrapolation animal/humain, ×10 pour la sensibilité interindividuelle, et visent une exposition lifelong. Un dépassement n’implique pas forcément de dommages. »
Les PFAS pullulent dans les produits du quotidien. Dois-je m’inquiéter ?
« Les plus exposés sont les ouvriers des usines, riverains, pompiers. Une poêle Téflon n’est pas nocive (c’est le PFOA de production qui l’est). L’alimentation est la voie principale via l’environnement contaminé. »
Tout le monde en a dans le corps.
« Oui, nos analyses détectent des traces infimes (jusqu’à 10 pictogrammes). Ça suit les tendances, sans causer de maladie. »
Pourquoi tant de substances s’avèrent-elles toxiques tardivement ?
« Les médicaments sont testés rigoureusement dès le départ. Pour les chimiques, REACH (depuis 15 ans) impose des tests (mutagénicité, cancérogénicité, immunité, reproduction), mais seulement au-delà de seuils de production. L’industrie a affaibli le système. Les toxicologues plaident pour des tests préalables systématiques. »
Pas aussi une question de nouveaux insights, comme les perturbateurs endocriniens ?
« Oui, mais mutagénicité et cancérogénicité sont testées depuis longtemps. On aurait dû approfondir plus tôt. »
« Pour les retardateurs de flamme bromés, même scénario : 3 interdits, 70 encore produits. » Jacob de Boer
Améliorer le système ?
« Ajouter des tests spécifiques, comme la liaison aux protéines sanguines (spécifique aux PFAS, vs. accumulation lipidique des dioxines/PCB). »
Produisons-nous d’autres regrets futurs ?
« Oui, les retardateurs de flamme bromés (appareils électroménagers, sols). Les halogènes (chlore, fluor, brome) posent problème, comme dioxines/PCB. L’UE vise l’interdiction globale des PFAS pour éviter le “whack-a-mole”. Les gouvernements doivent trancher. »
Et les avantages, comme la non-inflammabilité ?
« Bonne question. Le concept d’“utilisation essentielle” pèse bénéfices/risques, comme pour les médicaments. Mais priorisons des alternatives sans danger. »
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