Un marathon comme simple entraînement pour une course bien plus longue ? Cela semble tout à fait raisonnable pour les coureurs d'ultra. Kim Verhaeghe, rédacteur en chef d'Eos, s'est laissé guider par la science pour explorer les limites de son corps.
"Un être humain est capable de marcher de la côte Est des États-Unis à la côte Ouest avec quelques sandwichs seulement", m'a confié un jour le roboticien Bram Vanderborght (VUB) lors d'une interview. En tant que développeur de robots, il admire – et envie presque – les mécanismes qui rendent notre corps si efficace en termes d'énergie. Pour l'instant, les robots consomment plus de dix fois plus d'énergie pour se déplacer que notre "moteur naturel".
Même Usain Bolt ne peut pas rattraper un sanglier. Pourtant, peu d'animaux terrestres nous surpassent en endurance.
Cette déclaration date de 2015, mais elle me trotte souvent dans la tête lors de mes joggings en forêt. Puis-je vraiment en faire autant ? Ce qui n'était qu'une vague idée est devenu un projet concret – et fou – lors d'un brainstorming pour notre dossier spécial sur la science du sport (et pour escaping le confinement). J'ai décidé de tester les limites de mon corps : jusqu'où puis-je aller sans m'arrêter ? Guidé par la science, je m'engage à ne jamais mettre ma santé en danger.
Je commence par le physiologiste de l'exercice Wim Derave et la doctorante Eline Lievens de l'Université de Gand. Ces experts expliquent pourquoi les humains excellent en endurance. "L'endurance est l'un de nos atouts physiques majeurs. Nous sommes lents en vitesse de pointe : même Usain Bolt (44,72 km/h sur 100 m) ne dépasse pas un sanglier (55 km/h). Mais peu d'animaux nous battent sur la durée."

Cet avantage évolutif repose sur l'ultrawalking, une arme de chasse par persévérance. Les prédateurs et proies se sont lancés dans une course à la vitesse, mais l'humain a opté pour l'endurance. Aujourd'hui encore, les San d'Afrique du Sud traquent des antilopes sur plus de 40 km jusqu'à l'épuisement, en choisissant les heures les plus chaudes – notre transpiration nous donnant un avantage.
"L'évolution nous a dotés d'une dissipation efficace de la chaleur, d'une absence de fourrure et de muscles spécialisés en course de fond." Cette aptitude se manifeste aujourd'hui dans l'ultra-trail : non plus pour chasser, mais pour explorer la nature et ses limites. La vitesse compte moins que la durée et l'expérience. La popularité de l'ultra-running explose ces dernières années.
La biologiste Hilde Eggermont, coordinatrice de la Plateforme belge pour la biodiversité, est ultra-coureuse. Elle a parcouru 114 km avec 2 000 m de dénivelé. Elle vante le bonheur de l'ultra : retour à la nature, aspect social et motivation à repousser les limites quotidiennes.
Convaincu, je consulte Peter Hespel, physiologiste à la KU Leuven et à la Bakala Academy, coach des cyclistes Deceuninck-Quick-Step et athlètes olympiques. Il tempère : "Un ultra est un défi énorme. Préparez-vous bien, respectez vos limites, adaptez l'alimentation, reposez-vous, choisissez de bonnes chaussures et renforcez tous les muscles avec un kiné." Il insiste sur un coach expérimenté.

Hespel prescrit un examen médical sportif et un test d'effort. À la Bakala Academy (KU Leuven), le Dr Hans Talloen évalue mes risques cardiaques, pulmonaires et blessures via questionnaire et ECG. Tout est normal. "Utile pour prévenir les morts subites, comme en Italie où c'est obligatoire (4/100 000 évitées). Dommage que ce ne soit pas remboursé ici."
Approuvé, je passe un scan DXA corporel avec Martijn Kusters. Il mesure masse musculaire, graisse (10 %, bas pour un trentenaire), densité osseuse (-0,8, légèrement réduite). Conseils : surveiller le poids, 5 portions calcium/jour + vitamine D ; le running stimule les os.

Je prends RDV avec mon coach : toute douleur signalée immédiatement.
Chiel Poffé (postdoc KU Leuven, marathonien) supervise le test d'effort : tapis roulant croissant jusqu'à épuisement. Résultats : seuil aérobie 11,8 km/h (158 bpm), anaérobie 13,7 km/h (178 bpm). VO2max 59 ml/min/kg (bon pour l'âge, adapté à l'endurance).
Objectif : 60 km (Knokke-La Panne). Programme : 5 runs/semaine + vélo endurance, appels hebdo, 2e test dans 1 mois.

Sobriety training (fat run à jeun) pour brûler graisses. Double sessions pour épuiser glycogène.
'Ne courez pas trop vite, trop loin ou trop souvent. Alternez chaussures et surfaces.' Benedicte Vanwanseele (KU Leuven)
Benedicte Vanwanseele (biomécanique KU Leuven) : 20-75 % des coureurs blessés/an (genoux, tibia...). Équilibre charge/capacité : augmentez volume progressivement, renforcez muscles, variez. Âge >30 ans : risque accru. Chaussures qualité + analyse foulée chez spécialiste.

Après 1 mois : test2, seuil aérobie 13,5 km/h (146 bpm), anaérobie 14,8 km/h (156 bpm), max 18,5 km/h. Progrès nets !

Wim Derave (UGent) : Muscle Talent Scan RMN montre fibres lentes (idéal endurance, comme triathlètes Ironman).


Nutrition : 70-80 g glucides/h (boisson + gel), hydratation, pesée. Pré-run : pâtes, petit-déj glucides, caféine. Post : lait chocolat.
Arne Nieuwenhuys (Univ. Auckland) : sommeil profond répare muscles, booste immunité. Pas de TV comme "repos".
Into The Woods (Beauvechain, 22/05/21) : 3 tours x20 km sous pluie. 60 km en 5h30. Succès !
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