Chacun peut être confronté à des crises d'inquiétude. Comment distinguer une anxiété passagère d'un trouble nécessitant une aide professionnelle ? Voici des stratégies éprouvées pour apaiser l'anxiété.
Sue Thomas
Il y a huit ans, assaillie par des pensées obsédantes, de l'apathie et des insomnies, Sue Thomas, alors âgée de 66 ans et fonctionnaire au NHS (service de santé publique britannique) dans le sud de l'Angleterre, a réalisé qu'elle avait besoin d'aide. Pensant initialement à une dépression, elle a consulté pour des thérapies comportementales et cognitives (TCC). Le diagnostic : un « trouble anxieux ».
Mettre un nom sur ce tourbillon émotionnel lui a permis de comprendre qu'elle masquait ses symptômes, surtout au travail. « Hantée par la peur de ne pas être à la hauteur, je faisais bonne figure. J'aurais mérité un prix pour ça », confie-t-elle.
Malgré son expérience, Sue doutait constamment de son travail. Le soir, son esprit s'emballait ; le jour, des pensées négatives la tourmentaient, accompagnées de nausées et d'acouphènes. « J'ai découvert la dimension très physique de l'anxiété », reconnaît-elle. Ces manifestations corporelles poussent souvent à consulter.
Sue fait partie des 300 millions de personnes dans le monde touchées par des troubles anxieux. L'anxiété nous concerne tous, à des degrés variables. Souvent intermittente après un stress ou un traumatisme, elle peut aussi surgir dans des situations anodines, devenant alors pathologique.
L'anxiété est une réponse émotionnelle à une menace anticipée. Elle active notre système de stress : le système nerveux sympathique s'alerte, les surrénales libèrent adrénaline et cortisol. Résultat : cœur accéléré, tension artérielle élevée, pupilles dilatées, souffle court, peau moite.
« Les crises s'accompagnent souvent de signes physiques intenses », explique le Dr Olivier Dubois, psychiatre, directeur du centre thermal et des cliniques de Saujon, et de l'École thermale du stress. Le cortisol inhibe digestion, reproduction et immunité pour prioriser la survie – utile face à un prédateur, moins face à un client qui tousse au supermarché.
« L'anticipation du risque domine », ajoute le Dr Dubois. Vous imaginez le pire, évitez ou fuyez, devenez indécis ou agité.
Normalement, les symptômes s'estompent une fois la menace passée. Mais si l'anxiété persiste, elle peut évoluer en trouble anxieux généralisé (TAG), trouble panique, TOC, stress post-traumatique ou phobie.
La frontière entre anxiété normale et pathologique n'est pas toujours claire. Consultez si elle envahit votre quotidien, vous empêche de vivre ou persiste au-delà du stress initial.
Des traitements efficaces existent : médicaments ou psychothérapies. « Beaucoup tentent de dominer ou fuir l'anxiété, mais cela l'amplifie », prévient le Dr Dubois. Voici des conseils validés :
Accueillir l'anxiété avec bienveillance est clé en thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT), une forme de TCC. Acceptez l'incontrôlable, engagez-vous vers vos valeurs. Dialoguez avec vos pensées anxieuses pour reprendre les rênes de votre vie.
Pratiquez la pleine conscience : notez sensations (cœur rapide, respiration courte), pensées et émotions. Des apps aident à s'entraîner quotidiennement. Sue Thomas, plus consciente, prend du recul lors des crises.
Sommeil, alimentation équilibrée et sport réduisent les risques. Une étude montre que l'exercice vigoureux baisse de 25 % le risque de trouble anxieux sur 5 ans. « La marche nordique booste les endorphines », conseille le Dr Dubois.
« L'affection contre le stress », affirme le Dr Philippe Rodet. L'ocytocine (hormone du bonheur) inverse le cortisol, comme l'a montré une étude suisse de l'Université de Zurich.
Des centres comme Saujon proposent des cures riches en magnésium et lithium, avec accompagnement (sport, ateliers). « Elles brisent le cercle insomnie-fatigue-anxiété », note le Dr Dubois.
Sue combine médicaments, pleine conscience, méditation, arts et une plateforme de soutien mutuel. « L'anxiété ne domine plus ; elle fait partie de moi sans me contrôler. »
Les psychotropes modernes sont sûrs, sans dépendance à long terme. 80 % des adultes voient la maladie mentale comme un problème de santé courant (British Journal of Psychiatry, 2013).
Les ISRS (inhibiteurs de recapture de la sérotonine) boostent le bien-être sans accoutumance. Les benzodiazépines (comme Xanax) agissent vite mais sont limitées à court terme.
« Médicaments + thérapie marchent bien pour les cas graves », dit Gin Lalli, psychothérapeute à Édimbourg. Ils restaurent concentration et cognition.
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