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Le libre arbitre existe-t-il vraiment ? Ce que révèlent les neurosciences

Si un spécialiste du cerveau peut anticiper vos actions avant même que vous en soyez conscient, êtes-vous vraiment libre ?

Le libre arbitre existe-t-il vraiment ? Ce que révèlent les neurosciences

Vous avez choisi d'ouvrir cette page. Était-ce un libre choix ?

Dans les années 1980, le neuroscientifique américain Benjamin Libet a conduit une expérience emblématique. Il a demandé à des volontaires de fléchir le poignet à un moment de leur choix, tout en enregistrant leur activité cérébrale via un électroencéphalogramme et en leur demandant de noter le moment précis de leur décision consciente sur une horloge dédiée. Résultat : l'activité cérébrale liée au mouvement surgissait environ 500 millisecondes avant le mouvement physique, et 200 millisecondes avant la conscience de la décision. Ces découvertes, et leurs variantes, sont souvent invoquées pour contester l'existence du libre arbitre.

Les arguments de Victor Lamme
Le neuroscientifique néerlandais Victor Lamme (Université d'Amsterdam), auteur de Le libre arbitre n'existe pas, cite d'autres études percutantes. Par exemple, des chercheurs américains ont exposé des sujets à une information sur l'importance de la protection solaire dans un scanner cérébral, puis leur ont demandé leurs intentions. Une semaine plus tard, les déclarations conscientes correspondaient faiblement aux comportements réels, mais l'activité dans le précunéus (lié à l'attention) et le cortex préfrontal médian (mPFC, impliqué dans l'évaluation émotionnelle) prédisait précisément les actions. « Le scanner sait mieux que vous ce que vous voulez », conclut Lamme.

Lamme met aussi en lumière les influences inconscientes, comme les biais implicites (racisme latent, par exemple), qui guident nos comportements. Notre cerveau, qu'il qualifie de « bavard », invente ensuite des justifications rationnelles a posteriori. Nos actions précèdent nos pensées conscientes.

La stimulation magnétique transcrânienne permet même d'influencer les choix moteurs : les droitiers lèvent plus souvent la main gauche après stimulation, tout en croyant avoir choisi librement. Dans une autre expérience suédo-américaine, des sujets « choisissaient » entre deux photos de visages, mais recevaient parfois l'autre ; ils l'expliquaient sans suspecter la supercherie. « Nous ignorons les raisons de nos choix », note Lamme, ajoutant que l'idée de libre arbitre naît de notre incapacité à prédire autrui.

Une illusion agréable ?
Dick Swaab, dans Nous sommes notre cerveau, affirme que la neurobiologie exclut une liberté absolue : nos cerveaux sont façonnés par l'hérédité et l'environnement. Le libre arbitre serait une « agréable illusion ».

Toutefois, le débat persiste, notamment sur la définition du libre arbitre. Pour le philosophe Jan Verplaetse (UGent), auteur de Without Free Will, si tout a une cause – principe scientifique fondamental –, le libre arbitre est exclu. D'autres le voient comme la capacité théorique de choisir autrement. Herman Philipse (Université d'Utrecht) critique les neurologues qui exigent une décision consciente préalable : un tennisman ou un pilote agissent-ils moins librement par réflexe ?

Verplaetse nuance les expériences de Libet : dans des tâches où l'on choisit de ne rien faire, l'activité précède aussi, limitant leur pouvoir prédictif. Pourtant, des prédictions avancées (main gauche/droite, addition/soustraction) émergent, et la précision s'améliore pour des choix complexes. « La charge de la preuve s'inverse : expliquez où intervient l'intangible. »

La science prouvera-t-elle définitivement ? « Elle ne peut exclure l'existence, mais le libre arbitre n'est pas nécessaire pour expliquer le comportement », dit Lamme. « C'est une illusion scientifiquement explicable. »

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