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Libre arbitre : illusion cérébrale ou réalité existentielle ? Neurosciences et philosophie

Avec une régularité croissante, des études scientifiques affirment que le libre arbitre n'existe pas. Si cela s'avérait vrai, les implications seraient profondes. Peut-on envisager une autre perspective ?

Lorsque l'on examine comment les impulsions inconscientes dans le cerveau dictent nos vies, l'idée que nous prenons nos propres choix apparaît comme une illusion. La première conséquence évoquée concerne souvent le système judiciaire : peut-on tenir quelqu'un responsable si ses actes sont dictés par des processus cérébraux ? Mais les répercussions vont bien au-delà.

Il devient alors impossible de se réaliser pleinement, c'est-à-dire de faire des choix et de les concrétiser. Travailler dans un bureau, meubler une chambre, jouer d'un instrument, apprendre à conduire ou à programmer... Si tout cela résulte uniquement de courants électriques et de réactions chimiques dans le cerveau, où est votre place en tant qu'individu ?

Le sentiment de satisfaction lié à la surmontée d'obstacles, à une découverte ou à une réalisation s'effondre également. L'idée que vos opportunités saisies et vos choix aient porté leurs fruits, bénéficiant peut-être aux autres, perd son sens si aucun "je" conscient n'a été créatif, persévérant.

La capacité à aimer ou à être social semble aussi s'évaporer sous l'examen neurologique. Comment serions-nous capables d'aimer si nous ne sommes que des mécanismes biologiques modelés par notre ADN, qui dicte nos attirances et nos interactions sociales ? L'amour ne peut plus être vu comme une stimulation mutuelle pour des choix personnels et un développement individuel.

En se focalisant sur les processus biochimiques, l'éthique respectant la liberté et le développement de chacun perd son fondement. En psychiatrie, cela se manifeste par le traitement médicamenteux de victimes d'entraves familiales ou sociétales, sans aborder la racine du problème.

En jeu : l'idée d'une vie dotée de sens, possible uniquement pour un être conscient s'épanouissant dans sa liberté, à travers ses opportunités, réalisations, impacts sur autrui, collaborations et compréhensions.

Si l'illusion du "je" agissant est disqualifiée, que reste-t-il ? La vie nous traverse, tantôt satisfaisante, tantôt non...

Descartes

Mais face à des recherches scientifiques solides montrant que nous sommes pilotés par des fonctions cérébrales, que pourrions-nous objecter ? Ne devrions-nous pas adapter la loi et profiter d'une vie sans sens ?

Pas si vite. Pourquoi accorder le dernier mot à la science ? Beaucoup le font, supposant qu'elle détient seule la vérité sur nous.

Cette vision remonte à René Descartes (Discours de la méthode, 1637), qui limitait la réalité aux res extensa – substances mesurables et pesables. Cette philosophie a propulsé les sciences, fructueuses grâce aux formules mathématiques rendant les phénomènes prévisibles.

Libre arbitre : illusion cérébrale ou réalité existentielle ? Neurosciences et philosophie

Adopter cette vue mène au scientisme (W. Luijpen, Nouvelle introduction à la phénoménologie existentielle, 1973, p. 133). Les neuroscientifiques interprètent peut-être leurs découvertes ainsi, occultant la liberté humaine. Les mêmes résultats pourraient-ils s'interpréter autrement, dans une philosophie laissant place à la liberté ?

Un trou et le néant

L'existentialisme place la liberté au cœur. La conscience humaine y signifie "liberté". Pour l'illustrer, plongeons dans la science : les ondes électromagnétiques de 700 nm provoquent des activités cérébrales ressenties comme "rouge". Vrai, mais incomplet : ces corrélats neuronaux ne causent pas l'expérience qualitative de la couleur.

Libre arbitre : illusion cérébrale ou réalité existentielle ? Neurosciences et philosophie

Comment des impulsions électriques produiraient-elles des couleurs, d'un ordre différent ? Les expériences surgissent du "néant", inexplicables par la science. Cela pave la voie à l'existentialisme et au libre choix. Les neuroscientifiques franchissent-ils ce pas, ou présument-ils une explication future ? Utiliser la conscience pour l'expliquer est circulaire.

L'existentialisme et le "néant"

Les expériences (couleurs, sons, odeurs...) proviennent du néant. Cela heurte les scientifiques habitués au mesurable. Pourtant, nulle science sans expérience – ce néant "inexistant".

Comme le zéro (interdit à Florence en 1299) ou le vide (démontré par Torricelli au XVIIe siècle), le néant demande un ajustement conceptuel.

Liberté

Reconnaître le néant distingue le monde de soi : nous ne sommes "pas" le monde, gardant une distance – liberté. Pour Sartre, cela permet choix et chemin personnel (Luijpen, 1973, p. 267).

Usons cela pour contextualiser les neurosciences, sans nier leurs apports, mais refusant leur monopole sur la réalité.

Potentiel de préparation

Les conclusions déterministes ont une histoire. En 1965, Kornhuber et Deecke montrent un "potentiel de préparation" post-décision, préservant le libre choix (Retu Schneider, Bizarre Science, 2009, p. 249).

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Dans les années 1970, Libet raffine : le potentiel précède la décision consciente de 550 ms dans son expérience (bouton pressé librement, horloge témoin).

La volonté précède la décision…

Résultat : potentiel avant décision de 200 ms. Libet conclut : cerveau décide d'abord (1977).

Libre arbitre : illusion cérébrale ou réalité existentielle ? Neurosciences et philosophie

Dans l'existentialisme ? Dézoomez : 1) Décision de participer ; 2) Construction potentiel ; 3) "Oui maintenant" ; 4) Action. Libre choix intact.

La décision et le moment "oui maintenant"

Quotidiennement, décision et exécution diffèrent. Potentiel peut mûrir longtemps (alarme matinale, échéances).

Donner du sens, prendre courage et respecter les délais

Libet propose un "veto" en 200 ms pour sauver la liberté. Question : possible ?

Libre arbitre : illusion cérébrale ou réalité existentielle ? Neurosciences et philosophie

La volonté non libre

Le veto inspire : volonté comme gardienne d'une décision libre face aux distractions. Liberté situationnelle dans un monde récalcitrant (Luijpen, 1973, p. 267-277). Volonté non libre, mais au service du choix libre.

Rationalisations et bavardage

Scanners modernes montrent associations inconscientes influençant choix (Lamme). Rationalisations masquent préjugés. Conscience = "bavarde" (Arthur Olof, Idea, 2011).

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Conversation et thérapie

Libérez-vous par dialogue ou thérapie (Gestalt : Perls, 1973). Mise en lumière des inconscient libère, évitant rationalisations.

Rationalisations et prestige de la raison

Même nettoyé, submergé par raison (héritage Socrate-Descartes). Prestige rationnel pousse à rationaliser.

Ressentir l'objectif, raison de l'itinéraire

Distinguons : attitude instrumentale (raison causale) vs. situationnelle (ressenti). But = sentiment ; raison = chemin (Krabbendam, 2011).

Assurance

Choix d'assurance : émotion (paix) guide, raison compare.

Dîner

Invit' dîner : sentiment prime, raison check agenda. Émotion souvent sous-estimée.

Choisir parmi des alternatives évolutives

Liberté : non seulement choisir A/B/C, mais créer perspectives nouvelles. Créativité inhérente.

Rationaliser

Libérez des associations et rationalisations par conscience.

Une agréable illusion

Swaab : conscience = illusion (Nous sommes notre cerveau, 2010). Mais si illusion, neurosciences aussi !

Anti-psychiatrie

Années 60 : problèmes comme réactions à entraves liberté (Laing, Le soi divisé, 1970). Double bind familiaux/sociétaux.

Une société aliénante et sa psychiatrie

Société capitaliste frustre liberté ; psychiatrie normalise au lieu de libérer.

Aujourd'hui encore

Pression économique, pub frustrent. Médicaments humilient sans traiter causes.

Inscrit

Neurologie aide (gènes, dommages), mais intégrez thérapies existentielle pour vraie liberté.

Neurofeedback

Aleman : mindfulness + neurofeedback (contrôler ondes via écran) renforce conscience (Je brein de baas, 2017). Rôles inversés !

Conclusions

Neurosciences compatibles avec existentialisme : Libet (zoom arrière), Lamme (thérapie), Swaab (contexte), Aleman (neurofeedback). Liberté, sens préservés.


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