La conscience humaine alterne entre une focalisation sur l'environnement extérieur et notre monde intérieur. Des neuroscientifiques finlandais ont visualisé pour la première fois les mécanismes cérébraux reliant ces deux états.
Perdre la conscience de l'environnement ne signifie pas nécessairement un état d'inconscience totale. Par exemple, durant le sommeil paradoxal, nous sommes conscients du contenu de nos rêves, une forme appelée conscience onirique. Attention : ne la confondez pas avec le rêve lucide, où l'on est conscient de rêver.
Une équipe de chercheurs finlandais a utilisé l'imagerie cérébrale pour montrer comment l'activité neuronale change lorsque la conscience se déconnecte de l'environnement pour se tourner vers un contenu généré intérieurement, comme les rêves. Ils distinguent ainsi la conscience liée (couplée à l'environnement) de la conscience déconnectée (focalisée sur le monde intérieur).
Quarante volontaires sains (hommes âgés de 20 à 30 ans) ont été placés sous anesthésie progressive, perdant ainsi leur conscience de l'environnement. Un test auditif a permis de déterminer le moment précis de cette perte : des phrases étaient diffusées via des écouteurs, avec un dernier mot parfois incongru. Les sujets devaient appuyer sur un bouton pour valider ou corriger. L'absence de réponse pendant dix essais consécutifs confirmait la déconnexion totale.
Pendant l'approfondissement de l'anesthésie, l'activité cérébrale a été mesurée par plusieurs scans TEP. Lorsque les sujets cessaient de répondre, ils étaient réveillés par leur nom et une secousse d'épaules. On leur demandait alors s'ils avaient rêvé, quoi exactement, et s'ils percevaient encore l'environnement. Les scans des deux états ont été comparés individuellement.
La conscience déconnectée sous anesthésie s'accompagne d'une diminution globale de l'activité cérébrale, notamment dans le thalamus (relais entre cortex et structures profondes), le cortex cingulaire (traitement émotionnel) et le gyrus angulaire (langage et vision). À l'inverse, la reconnexion à l'environnement active ces mêmes zones.
Le thalamus et le cortex cingulaire sont depuis longtemps impliqués dans la conscience. Cette étude démontre pour la première fois leur rôle clé dans le basculement entre monde extérieur et intérieur. Une seconde expérience avec un sommeil naturel chez les mêmes sujets a confirmé ces résultats : les changements majeurs concernaient les mêmes structures, indépendamment du mode d'endormissement. L'activité corticale superficielle reste stable, suggérant que le cortex détermine le contenu de la conscience, non son état (connecté ou déconnecté).
Les résultats sont publiés dans la revue scientifique Journal of Neuroscience (2020).
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