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Hausse des admissions forcées en psychiatrie : intolérance sociale et manque de ressources en cause

Le nombre d'admissions forcées en psychiatrie connaît une forte augmentation. Quelles en sont les raisons ?

Nous avons interrogé Kirsten Catthoor, psychiatre à l'hôpital psychiatrique Stuivenberg d'Anvers et secrétaire scientifique de l'Association flamande de psychiatrie.

Le nombre d'admissions forcées en psychiatrie est passé de 2 444 cas en 2007 à 3 516 en 2015 : une hausse de 37 %. Quelles en sont les causes ?

Hausse des admissions forcées en psychiatrie : intolérance sociale et manque de ressources en cause

« Une première explication réside dans l'intolérance sociale envers les comportements déviants. Cela se produit non seulement dans la rue, mais aussi dans les logements sociaux et même à l'hôpital. Les personnes agissant de manière un peu étrange sont perçues comme conflictuelles et difficiles. La solution la plus rapide consiste souvent à opter pour une admission forcée. Peu de gens ont la patience d'explorer des alternatives moins radicales. »

« Les ressources sont également limitées. Il manque de travailleurs de proximité capables de gérer ces situations sur la durée. Les soins ambulatoires en santé mentale pourraient intervenir, à condition d'investir davantage et de faire preuve de patience. »

Y a-t-il un manque de connaissances ?

« Les services de police, les magistrats et les urgences ne savent pas toujours comment gérer autrement ces situations. Une formation peut y remédier. À l'hôpital Stuivenberg, nous avons simulé une psychose en réalité virtuelle lors de notre journée portes ouvertes. Ambulanciers, policiers et pompiers y ont participé. Ils étaient démunis : "Nous n'avons aucune idée de ce qu'est une psychose", ont-ils admis. Lors d'un contact avec une personne psychotique, on tente souvent de négocier en vain. Désormais, nous comprenons pourquoi. Une sensibilisation à grande échelle peut changer la donne, en indiquant à chacun quoi faire et quels services contacter. »

À quel niveau de gravité une admission forcée est-elle justifiée ?

« La personne doit souffrir d'une maladie mentale et représenter un danger pour elle-même ou pour autrui. De plus, l'admission forcée n'est légitime que si aucune alternative adaptée n'existe. »

L'admission forcée est-elle trop souvent vue comme la seule option ?

« C'est ce que j'appelle l'effet parapluie : en cas de problème, chacun se protège légalement pour éviter les reproches ultérieurs. On craint de prendre des initiatives alternatives. Pourtant, une supervision intensive de deux jours aux urgences ou en psychiatrie peut parfois suffire à désamorcer la crise. Les personnes en souffrance fuient souvent l'aide, et les intervenants optent pour la voie légale. Autrefois, plus de dialogue permettait aux patients de réaliser eux-mêmes la nécessité d'une prise en charge. »

Hausse des admissions forcées en psychiatrie : intolérance sociale et manque de ressources en cause

Est-ce dû à moins de contacts personnels ?

« Oui, et à la peur de sortir des clous : crainte des suites judiciaires, peur de l'engagement de responsabilité. »

« On observe aussi que des personnes auteurs d'infractions pénales avec antécédents psychiatriques sont dirigées vers nous plutôt que vers un juge d'instruction. L'admission forcée est plus rapide et évite l'internement, sous pression en Belgique suite aux condamnations pour mauvais traitements. Ces chiffres doivent diminuer. »

Quelles conséquences pour les patients injustement admis ?

« L'admission forcée est une procédure d'urgence : certificat médical et autorisation du procureur. Le juge de paix visite le patient sous 10 jours pour confirmer ou non. Si l'état s'améliore en deux jours, le patient reste enfermé inutilement dix jours. C'est peu humain. »

Un procureur a-t-il l'expertise psychologique nécessaire ?

« C'est la loi actuelle. Tout médecin peut signer le certificat ; idéalement, un psychiatre. Cela requerrait une meilleure organisation. La législation peut être améliorée. »

Quelle proportion d'admissions inappropriées ?

« Environ un sur cinq. L'addiction en est un exemple : l'admission forcée n'aide pas, car le traitement nécessite la motivation du patient, absente en phase aiguë. La psychose est différente : les médicaments clarifient la pensée, et les patients remercient souvent rétrospectivement. Les admissions forcées sont parfois indispensables, mais doivent être modernisées avec plus d'humanité et de respect de l'autodétermination. »

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