Une jeune femme est assassinée sous les yeux de nombreux témoins, mais personne n'intervient. Ce drame a donné naissance au concept psychologique de l'effet spectateur.
Le 13 mars 1964, à New York, Kitty Genovese rentre du travail tard dans la nuit. Elle se gare près de son immeuble quand un homme la suit et la poignarde à deux reprises dans le dos. Elle crie au secours. Plusieurs voisins observent la scène depuis leurs fenêtres, mais aucun n'appelle immédiatement la police ni n'intervient. L'agresseur abuse sexuellement de la victime avant de la tuer. Deux semaines plus tard, un article du New York Times dénonce l'indifférence des 38 témoins présumés.
Suite à ce meurtre choquant et à la couverture médiatique, de nombreux experts analysent les faits. Parmi les théories évoquées figure l'aliénation urbaine. Finalement, deux psychologues de New York, Bibb Latané et John Darley, mènent des recherches approfondies. Grâce à des expériences contrôlées avec des étudiants, ils élucidant les mécanismes de l'effet spectateur.
Dans une situation ambiguë, nous nous observons mutuellement par incertitude, espérant y déceler la conduite à tenir.
Les réactions des témoins lors de l'attaque de Kitty Genovese s'expliquent par des mécanismes sociaux bien documentés. Les expériences de Latané et Darley démontrent que, en groupe, la responsabilité individuelle s'estompe.
Ils introduisent deux concepts clés : l'ignorance pluralistique, où, face à l'ambiguïté, les individus se conforment au comportement des autres (« Si personne n'agit, ce n'est peut-être pas urgent ») ; et la diffusion de responsabilité, où chacun pense qu'un autre prendra en charge l'action, comme appeler la police.
Les faits de cette nuit ont été nuancés par des enquêtes ultérieures : peu de témoins avaient une vue ou une audition claire. Certains ont crié vers l'agresseur, le faisant fuir temporairement, avant qu'il ne revienne achever sa victime hors de vue.
L'effet spectateur reste scientifiquement validé et observé régulièrement. D'autres facteurs influençant l'apathie collective ont été identifiés, et des stratégies existent pour le contrer et favoriser l'intervention.